Ce que nous avons appris sur les fleurs
Sessile a lancé son activité de plaidoyer en 2023, dans le but de comprendre les enjeux de la filière fleur coupée, de raconter son histoire, et d’envisager des chemins pour inventer la suite. Cet article est le fruit de ce que nous avons appris au cours de ces deux années de recherches et de rencontres auprès d’acteurs de tous horizons, qu’ils soient fleuristes, producteurs, experts, représentants de syndicats.
Un marché aux racines anciennes, et aux impacts reconnus
Un marché dont les racines sont anciennes
Le marché de la fleur coupée ne s’est pas construit ex nihilo. Il plonge ses racines dans des systèmes d’échanges anciens où la logique de la division du travail et la structuration marchande étaient déjà à l’œuvre. S’il est difficile pour les historiens et les anthropologues de dater précisément le début des usages ornementaux de la fleur, il semble s’ancrer dans une réalité très ancienne, et aurait été abondamment utilisé pour les célébrations mortuaires.
Dès l’Égypte ptolémaïque, on constate ce qu’on pourrait qualifier de première division internationale de la production : on cultive des fleurs de lotus originaires d’Inde sur les bords du Nil, que l’on prépare ensuite dans des ateliers dédiés avant de les exporter en Europe, principalement en Italie et en Grèce, où elles viennent orner les célébrations religieuses.
L’anthropologue anglais Jack Goody y voir là la naissance d’une véritable industrie de la fleur ornementale qui préfigure le marché actuel : “Les fleuristes et les jardiniers égyptiens jouissaient d’une grande réputation et déployèrent une industrie considérable non seulement pour l’usage local […], mais aussi pour l’exportation vers Rome”.
L’usage des fleurs tombe peu à peu en désuétude à la faveur de l’essor du christiannisme primitif, dont les tenants considèrent la fleur comme un symbole païen. Ainsi, Jack Goody écrit dans La Culture des fleurs que “l’Église nouvelle se méfiait beaucoup des jardins et de leurs statues, qu’elle attribuait au culte des anciens dieux”. La fleur quitte progressivement la sphère religieuse, qui était pourtant le terreau privilégié de sa représentation.
Un épisode emblématique vient changer la donne et redonner à la fleur ses lettres de noblesse. Au XVIe siècle, l’essor économique des métropoles des Provinces-Unies (NDLR : ancienne dénomination des Pays-Bas), en particulier Amsterdam, conjugué à l’importation massive de variétés de fleurs issues des quatre coins du globe qui suscitent l’intérêt du public posent les fondations de la consommation moderne de fleurs. On voit dès lors les fleurs se montrer dans les jardins des riches marchands, mais aussi dans les nouveaux jardins publics, où les fleurs exotiques se révèlent aux yeux du public.
La plus populaire de toutes à cette époque était sans conteste la tulipe, qui fut à l’origine du premier krach boursier de l’histoire : la tulipomanie. La tulipe est considérée alors comme un bien de luxe de premier choix, et au plus fort de la bulle, les bulbes atteignaient des sommes astronomiques.
Jezabel Couppey-Soubeyrand relate à cet égard une anecdote révélatrice : “Alors qu’une cargaison de tulipes en provenance du Levant venait d’arriver dans le port d’Amsterdam, un jeune marin a croqué dans ce qu’il a pris pour un oignon rouge. Il ignorait qu’il s’agissait en réalité d’un bulbe de Semper Augustus, la variété de tulipe la plus prisée à l’époque, dont le prix était estimé à près de 3000 florins, ce qui équivalait selon Galbraith à l’acquisition d’un carrosse, de deux chevaux et des harnais qui vont avec !”.
Si la crise de la tulipe est restée dans les mémoires comme un symbole de démesure financière, l’enthousiasme généralisé montrée par les publics européens pour la fleur en est resté durable, en grande partie parce qu’elle a permis une démocratisation rapide de la consommation de fleurs, mais également parce que l’effervescence scientifique et technique connue à l’époque a présidé à la naissance du marché horticole moderne.
La centralité hollandaise ne se dément pas aujourd’hui
La centralité des Pays-Bas sur le marché de la fleur remonte donc au moins au XVIe siècle. Aujourd’hui encore, la Hollande fait figure d’acteur central des échanges mondiaux de fleurs coupées. D’une part, il reste le premier pays producteurs de végétaux d’ornement en Europe, en étant à l’origine de 30 % de la production. D’autre part, le pays est la cheville ouvrière du commerce mondial, et sert d’interface entre tous les producteurs du monde et les consommateurs européens.
A cet égard, le marché d’Aalsmeer, au sud d’Amsterdam, est la place forte du commerce mondial des fleurs. On estime qu’entre 60 et 70 % des fleurs produites dans le monde y transitent, y compris si elles doivent revenir ensuite dans le pays dans lequel elles ont été produites. Aalsmeer est le coeur vibrant d’un système logistique intense où chaque minute compte, les fleurs devant être acheminées dans les 48 heures en raison de leur caractère extrêmement périssable.
C’est la raison pour laquelle les enchères s’y déroulent de manière inversée, un système que l’on nomme aussi dutch auction : les prix fixés en début d’enchères décroissent jusqu’à trouver preneur. Gilles Rus, directeur du développement du marché aux Fleurs d’Hyères, décrit le système comme suit : “Ce sont des enchères électroniques décroissantes, où le prix des fleurs baisse jusqu’à trouver preneur. Les fleurs sont vendues sous cette modalité pour une raison très simple : c’est un produit périssable, et chaque minute compte. Les ventes aux cadrans permettent de gagner en rapidité et en transparence”.
A l’origine de cette centralité, on retrouve non seulement le savoir-faire et la science anciens de la Hollande en matière d’horticulture, mais également une puissance logistique construite depuis le XVIIe siècle. Ainsi, Lucie Drevet-Demettre, maîtresse de conférences en géographie à l’université de Montaigne, résume la situation comme suit : “Sous l’égide de coopératives de producteurs, les deux enchères de Bloemenlust et Aalsmeer destinées à structurer la commercialisation des fleurs ont vu le jour en 1912 à proximité des canaux et voies navigables mais également des champs et des serres”.
L’exemple kényan illustre la division internationale de la production
Au-delà des Pays-Bas, un autre Etat est reconnu pour son rôle majeur dans la configuration actuelle du marché de la fleur : le Keyna. Dès les années 50, des obtenteurs européens, qu’ils soient français, hollandais ou britanniques, sont à la recherche d’un climat optimal capable de produire des variétés de fleurs en conditions printanières toute l’année. Il s’agit d’un phénomène que le géographe Bernard Calas nomme la “tropicalisation”, et dont le premier avatar aurait été la délocalisation massive de la production florale des Etats-Unis vers la Colombie.
Le choc pétrolier des années 70 a accéléré la nécessité pour les producteurs de fleurs de trouver des alternatives à la production sous serre chauffée, devenue bien plus onéreuse en raison de la hausse du prix de l’énergie.
Pourquoi le Kenya plutôt qu’un autre pays ? Bernard Calas y voit principalement 3 raisons. La première tient bien évidemment aux conditions climatiques, caractérisées par un fort taux d’ensoleillement et de chaleur, et des hauteurs qui permettent de trouver de la fraîcheur la nuit. La seconde raison est la stabilité politique du pays. La 3e raison est “une main d’oeuvre abondante et bon marché”, selon Bernard Calas.
Aujourd’hui, la production kényane est souvent montrée du doigt en raison de ses impacts négatifs réputés. Pour commencer, la délocalisation impose des logistiques intenses en avions réfrigérés, qui laissent supposer un impact environnemental massif. Par ailleurs, la réglementation en matière de phytosanitaires y est bien plus souple qu’en Europe, et de nombreux produits interdits d’usage dans l’Union européenne en raison du danger qu’ils présentent pour la santé sont couramment utilisés. Les ouvrières agricoles kényanes sont d’ailleurs en première ligne de l’exposition à ces produits dangereux.
Parmi les autres conséquences négatives, on peut citer la course perpétuelle au moins disant. L’une des raisons de la délocalisation de la production de fleurs était la volonté de tirer les coûts de production vers le bas. Cependant, la structuration syndicale des ouvriers agricoles s’est accompagnée d’une hausse des salaires, qui pousse les producteurs à chercher moins cher ailleurs, comme en Ethiopie, ou plus récemment en Ouganda.
Enfin, les ressources en terre et en eau, particulièrement le lac de Naivasha, ont été massivement mises à profit de cette industrie florale, au détriment d’usages vivriers. Toute la production est profilée pour coïncider avec les fêtes calendaires européennes (Saint-Valentin et fête des mères notamment), et est entièrement destinée à l’exportation. Ce constat est d’autant plus surprenant que l’usage des fleurs à des fins ornementales : “les Kényans consomment très peu de roses, hormis des roses rouges et blanches, mais ces pratiques sont circonscrites aux élites urbaines de Nairobi”, détaille Bernard Calas.
Une variété surconsommée : la rose rouge
Une autre conséquence de l’organisation actuelle du marché est la standardisation des variétés de fleurs proposées aux clients. Si le XVIIe siècle était sans nul doute l’ère de la tulipe, nous vivons désormais dans celle de la rose, en particulier la rose rouge. C’est pour satisfaire aux exigences de sa consommation que les pays producteurs, au premier rang desquels on peut citer le Kénya, la Colombie et l’Equateur, ont orienté leurs ressources horticoles.
Selon les chiffres de l’interprofession VALHOR, près d’une fleur sur deux vendue en France est une rose rouge, et ce peu importe la saison. Pourtant, la floraison de la rose rouge n’intervient qu’au printemps, ce qui suppose de recourir à des subterfuges, comme la culture sous serre chauffée ou la délocalisation de la production.
La surconsommation de la rose a deux inconvénients : d’une part, elle participe à un phénomène de désaisonnalisation, et d’autre part elle tend à effacer des variétés moins populaires des étals. En somme, la rose rouge est devenue le symbole d’une économie florale mondialisée et coupée de toute réalité saisonnière.
Un marché français en transformation
La production française est en déclin…
Evidemment, la concurrence de la fleur d’importation ainsi que sa grande facilité à circuler ont eu des conséquences notables sur la production de fleurs en France. Ainsi, on estimait que la France abritait près de 8000 entreprises dans les années 80 ; aujourd’hui, on estime que leur nombre oscille entre 250 et 500.
Entre 2005 et 2017, la valeur de la production nationale de fleurs coupées a chuté de plus de 60 %. Une légère reprise a été enregistrée entre 2019 et 2021, avec une hausse de 18 % du chiffre d’affaires pendant la période marquée par le COVID, mais celle-ci reste insuffisante face à une baisse de fond. Le nombre d’entreprises spécialisées a poursuivi sa diminution, reculant de 19 % en deux ans, tout comme les surfaces cultivées, en baisse de 27 %. En 2021, il ne restait que 278 exploitations actives dans ce secteur, couvrant une superficie totale de 457 hectares selon une enquête de FranceAgriMer et VALHOR.
Aujourd’hui, on considère que l’essentiel de la production s’est concentrée sur 2 voire 3 régions. La première d’entre elles est la région PACA qui bénéficie d’un climat chaud et ensoleillé propice à la culture de fleurs, d’un savoir-faire affirmé et d’une structuration des professionnels autour du marché d’Hyères. Face la concurrence des roses d’importation, les producteurs du Var ont su s’adapter à la nouvelle donne, comme le confie Gilles Rus : “Ils ont réorienté leurs productions vers des espèces plus adaptées au climat méditerranéen, moins énergivores et qui permettent de se démarquer de la production internationale par leur spécificité et leur qualité. C’est le cas des pivoines que j’ai mentionnées, ou encore des renoncules et des anémones”.
Les Pays de la Loire sont aussi une région dynamique en matière de floriculture, en particulier par la culture de tulipes ou de muguet du 1er mai. D’ailleurs, Angers fait figure de ville phare en matière d’horticulture. Si l’Île-de-France a longtemps fait figure de région motrice en matière de fleurs, le nombre d’exploitants s’est considérablement restreint. C’est notamment le cas de Xavier Désiré, ancien producteur de roses, qui a été contraint de mettre la clé sous la porte faute de rentabilité : “J’ai été contraint de cesser mon activité, car le faible volume de ma production ne me permettait tout simplement pas d’en vivre : sur les dix dernières années, je n’ai pu me rémunérer qu’une seule année”.
Si la concurrence internationale a bien entendu joué un rôle dans le déclin du tissu productif français, elle n’en est pas la cause exclusive. Les horticulteurs sont confrontés à des problématiques similaires, évidemment, à celles que rencontrent l’ensemble des professions agricoles, entre perte d’attractivité des métiers, difficultés administratives et quête de rentabilité.
…et a pourtant des atouts sur lesquels elle peut compter
Si elle apparaît aujourd’hui affaiblie, la production de fleurs en France peut se targuer de nombreux atouts qui peuvent faire croire à son rebond.
Depuis la pandémie de Covid-19, les consommateurs manifestent cependant un intérêt croissant pour les fleurs locales et de saison, en lien avec une volonté de soutenir les circuits courts et la transition écologique. Cet engouement dépasse le simple effet conjoncturel pour s’inscrire dans une tendance plus profonde de sobriété et de consommation responsable. Comme l’indique Claude Chailan (FranceAgrimer) : « Nous vivons une période particulière où les enjeux de sobriété et de transition écologique sont au cœur des préoccupations des consommateurs ». Cette préférence pour des espèces saisonnières soutient la production nationale, en conditionnant directement les choix des producteurs.
Malgré les difficultés, l’horticulture française connaît un regain d’intérêt, porté notamment par des profils nouveaux, souvent issus de reconversions. Le projet Bleu Blanc Fleurs, porté par Excellence Végétale, a mis en lumière cette nouvelle génération d’horticulteurs, souvent des femmes de 35 à 45 ans, gérant de petites exploitations. Un constat partagé par Verdir, le syndicat des professions horticoles : “Nous voyons énormément de personnes en reconversion ouvrir leur exploitation. Il s’agit souvent d’un choix de vie, dans la mesure où ces personnes souhaitent exercer un métier qui correspond davantage à leurs valeurs”, note Véronique Brun. Ce renouveau représente un potentiel de structuration et de développement à long terme.
En plus de cette nouvelle population horticole, la France peut compter sur sa grande diversité climatique et un fort savoir-faire, permet la culture d’une grande variété de fleurs, souvent sans recours aux serres chauffées. On estime à environ 20 000 le nombre de variétés cultivées. Ce dynamisme repose sur une volonté d’innovation, couplée à une exigence de qualité et d’écoresponsabilité. “Les horticulteurs français sont engagés depuis très longtemps dans une réflexion sur l’impact environnemental de leur activité”, souligne Véronique Brun, citant notamment le recours à la protection biologique intégrée. Les labels comme Plante Bleue ou la Charte Qualité Fleurs, promus par Excellence Végétale, témoignent de cette démarche.
Enfin, la volonté de collaborer est largement partagée entre les différents maillons de la filière, du producteur au fleuriste. Le manque de visibilité des offres locales constitue un frein majeur, auquel les acteurs tentent de répondre par des outils communs.
Les fermes florales illustrent ce renouveau de la filière française
Cependant, bien loin des discours déclinistes, l’horticulture française connaît un engouement nouveau autour du modèle de la ferme florale. La floriculture artisanale séduit en effet une nouvelle génération de femmes, souvent jeunes, issues de parcours professionnels variés. Chercheuses, médecins ou communicantes, elles ont toutes fait le choix de se reconnecter à la terre en développant une activité florale à échelle humaine.
C’est par exemple le cas de Pauline, qui a fondé Bluema en Alsace : “Je me suis d’abord orientée vers la recherche : j’ai fait une thèse sur le sujet de l’Analyse de cycle de vie socio-économique au CIRAD, puis un post-doctorat à l’INRAE. Je travaillais sur des produits comme le cacao ou la banane, et j’ai aussi étudié des produits de l’horticulture comme la tomate par exemple” détaille-t-elle.
Ces productrices nouvelles générations se sont souvent lancées par passion du métier, mais aussi et surtout pour mettre en œuvre leurs convictions, souvent très colorées par la prises de conscience écologique, la volonté de se passer des phytosanitaires et de revenir à des circuits plus locaux. Pour Claire, productrice à Clochette en Savoie, “c’est le lien avec l’agriculture qui m’a d’abord attirée, avec l’envie de redonner du sens à la production agricole. Je souhaitais construire un modèle paysan, porteur de valeurs humaines, sociales et environnementales”.
Néanmoins, ces structures sont confrontées à des difficultés récurrentes. Ainsi, elles produisent souvent un très grand nombre de variétés de fleurs à de faibles volumes, ce qui complique l’accès au marché. “Quand on commence, on a envie de tout faire ! Mais pour être efficace, il faut quand même limiter le nombre de variétés, tout en gardant une large gamme de coloris” explique Pauline de Bluema.
De nouveaux enjeux prendre en compte
La volonté de consommer local et écologique
Aujourd’hui, les consommateurs sont de plus en plus attentifs à ce qu’ils achètent, notamment en ce qui concerne la provenance, les procédés de fabrication ou l’impact écologique. Et les fleurs n’échappent pas à cette dynamique, comme l’explique Gilles Sonnet, fleuriste à Fontaine-lès-Dijon : “Je sens une véritable envie de retour au local de la part de ma clientèle, et c’est pourquoi nous en proposons autant que possible sur nos étals”.
C’est pour répondre à cette aspiration nouvelle qu’est né le mouvement slow flower, une mouvance anglo-saxonne visant à répondre à l’enjeu d’internationalisation de la production de fleurs mondiale. Le slow flower, principalement représenté en France par les nombreuses fermes florales précédemment citées; consiste à promouvoir des fleurs locales, de saison, et ne s’interdit pas d’aller regarder du côté de l’agriculture biologique, bien que cette pratique demeure encore balbutiante en France au regard des volumes produits.
Du point de vue écologique, la fleur est en effet souvent mise en lumière par la presse pour son impact écologique supposé néfaste ; en effet, l’organisation mondialisée du marché et la quête du printemps perpétuel ont tendance à gonfler l’impact énergétique de la production. Pour Vincent Colomb, coordinateur Affichage environnemental à l’ADEME, il est possible de changer les choses : “Les fleurs coupées et l’horticulture de manière générale sont des secteurs avec des enjeux environnementaux avérés. En effet, la plupart des fleurs consommées aujourd’hui sont issues de l’importation, donc une étude de l’impact des logistiques peut se révéler intéressante”.
L’attention portée aux modes de production des fleurs s’est accrue depuis l’affaire Marivain, du nom d’Emmy Marivain, fille d’une fleuriste dont les autorités sanitaires ont établi le lien entre le développement de sa leucémie, et l’exposition de sa mère aux résidus de pesticides présents sur les fleurs. Cette tragique histoire a mis en lumière l’usage de phytosanitaires interdits en Europe, mais qui ne sont pas réglementés en dehors de l’Union européenne.
Les fleuristes, passeurs de sens pour transformer les habitudes
Pour répondre à ces enjeux économiques, sanitaires et écologiques, les professionnels du végétal ont d’ores et déjà commencé à transformer leurs pratiques, afin de pouvoir proposer des fleurs plus propres à leurs clientèles.
Du côté des fleuristes, nombreux sont les professionnels à avoir conscience du rôle pédagogique essentiel qu’ils doivent jouer pour bousculer les habitudes d’achat de leurs clients. Ainsi, Birgit, fleuriste chez A Fleurs de Peau aux Mureaux, nous confiait : “J’essaie aussi de sensibiliser mes clients aux questions environnementales : pour moi, le fleuriste est l’artisan de la nature, c’est dans notre rôle d’avoir ces discussions avec nos clients”.
D’autres font le pari de promouvoir au maximum la fleur française, en travaillant régulièrement avec des producteurs locaux. C’est notamment le cas de Maison Marguerite au Mans, qui propose systématiquement un bouquet 100 % français baptisé le Frenchy : “On essaie de faire travailler les producteurs locaux en priorité. En fonction des saisons, la boutique propose entre 60 et 85 % de fleurs françaises : c’est plus facile à la belle saison, donc on fait presque intégralement du français”.
Les fleuristes à qui nous avons donné la parole se rejoignent d’ailleurs sur ce point : il est nécessaire de recréer des liens locaux avec les floriculteurs de leur région afin de proposer davantage de fleurs françaises à leurs clients. Pour Harmony, fleuriste à Marseille, il est urgent de recréer des espaces de rencontres entre fleuristes et producteurs : “Je pense que la profession gagnerait à renforcer ses liens avec les productrices et les producteurs : j’aimerais beaucoup que les marchés aux fleurs, où fleuristes et producteurs se côtoient, reprennent un peu de couleurs, parce que c’était des lieux privilégiés pour créer des liens entre les professionnels du végétal”.
Certains vont même plus loin en cultivant eux-mêmes une partie de leur production. C’est notamment le cas de Gilles Sonnet : “Je cultive principalement de la pivoine et des feuillages. Au printemps, je sais que mes clients réguliers sont contents de pouvoir acheter des pivoines que j’ai produites moi-même, dans des conditions vertueuses”. Une aventure que Ziggy a aussi souhaité entreprendre, comme nous le révèle Harmony : “On a ouvert notre propre ferme florale dans le 13e arrondissement de Marseille ! On cultive une vingtaine de variétés, et on proposera nos premières fleurs à nos clients d’ici le mois de juin”.
Floribalyse, la donnée pour comprendre la production
Pour répondre aux enjeux écologiques et sanitaires qui se présentent à la filière, et entreprendre une démarche de collecte de données publiquement accessible à tous, nous avons lancé le projet Floribalyse.
Floribalyse est un projet entrepris par Sessile, avec le soutien d’un collectif de fleuristes et de producteurs, de l’ADEME et de l’institut horticole Astredhor, afin de mieux comprendre et réduire l’impact environnemental de la filière des fleurs coupées. Ce projet naît dans un contexte où le secteur horticole, petit marché au sein de l’agriculture, peine à rassembler des données fiables et structurées, un frein majeur à sa transformation durable.
Pour répondre à ce besoin, Floribalyse s’appuie sur une démarche d’analyse de cycle de vie (ACV) des fleurs coupées, une méthode qui permet de mesurer les impacts environnementaux à chaque étape du cycle de production et de distribution. L’un des objectifs principaux est la création de la première base de données publique sur la production florale, couvrant à la fois les fleurs françaises et importées. Cette base vise à mieux comprendre les itinéraires de production, à identifier des leviers d’amélioration pour les professionnels, et à mieux informer les consommateurs.
Le projet s’articule autour de quatre axes principaux :
- La constitution d’une base de données ouverte sur les pratiques de production en France et à l’étranger ;
- Le développement d’un calculateur environnemental, destiné à guider les consommateurs vers des variétés de fleurs plus respectueuses de la planète ;
- L’animation d’un dialogue au sein de la filière, réunissant producteurs, distributeurs, chercheurs et consommateurs pour repenser ensemble l’avenir de la fleur française ;
- La réalisation d’une série documentaire, accessible au grand public, pour vulgariser les enjeux et donner de la visibilité à la démarche.
Au-delà du projet technique, Floribalyse est une invitation à tous les professionnels à nous aider à transformer la filière, et à faire émerger un collectif. Vous pourrez retrouver notre ambition en lisant notre manifeste.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.