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09.06.25

Bluema, de la recherche à l’horticulture

Sessile donne la parole à des acteurs engagés pour faire bouger la filière fleur, et inventer des mode de production et de consommation plus raisonnable. Cette semaine, nous avons rencontré Pauline Feschet, ancienne chercheuse au CIRAD, désormais reconvertie dans l’horticulture ; elle nous livre ses impressions sur la fleur de demain.

Bonjour Pauline, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Depuis toute petite, j’ai un lien particulier avec l’agriculture puisque mes parents étaient agriculteurs. 

Je me suis d’abord orientée vers la recherche : j’ai fait une thèse sur le sujet de l’Analyse de cycle de vie socio-économique au CIRAD, puis un post-doctorat à l’INRAE. Je travaillais sur des produits comme le cacao ou la banane, et j’ai aussi étudié des produits de l’horticulture comme la tomate par exemple. D’ailleurs, j’ai conservé une activité de recherche en parallèle de mon activité horticole en tant qu’experte indépendante.

Tout au long de ma carrière d’agronome, j’ai considéré que mon rôle était d’assister le monde paysan : pour moi, devenir agricultrice était donc une étape naturelle de cet engagement, comme une façon de passer à l’action. Je me suis d’abord installée dans la Drôme comme viticultrice, puis en Alsace où nous avons monté Bluema avec mon associé pour cultiver des fleurs. 

Pourquoi les fleurs en particulier ?

On est dans un contexte post-Covid, et j’avais envie d’apporter une réponse à la morosité ambiante en mettant du baume au cœur des gens, et pour ce faire la fleur est idéale ! Je dis souvent que mon métier c’est de cultiver du beau. 

Je produis donc des fleurs, mais j’ai une éthique très rigoureuse pour ce faire : je ne produis que des fleurs bio. Je ne pouvais pas imaginer de produire autrement, compte tenu de mes engagements personnels. Ma réflexion en matière d’agriculture raisonnée va d’ailleurs au-delà de l’aspect biologique et du cahier des charges du label, notamment en matière d’agro-foresterie et de rotation des cultures. 

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Quels sont les aspects les plus difficiles du métier d’horticulteur ?

De mon point de vue, c’est de gérer deux facteurs : la prévisibilité de la production, et le volume de fleurs produites. En effet, le modèle des fermes florales s’oriente généralement vers un grand nombre de variétés, mais en petite quantité. Dans ce contexte, c’est difficile d’offrir de la lisibilité aux fleuristes avec lesquels on travaille. 

Après, ce n’est pas toujours un problème. De plus en plus de fleuristes arrivent à faire preuve d’une créativité énorme avec des variétés qu’on a moins l’habitude de voir, et tournent la contrainte à leur avantage pour surprendre leurs clients. 

De manière générale, c’est toujours un défi d’équilibrer offre et demande. C’est pour cette raison qu’on teste de nouvelles choses d’une année sur l’autre : avec mon associé, nous avons par exemple réduit cette année le nombre de variétés que nous cultivons avec des volumes un peu supérieurs. Et si on est pas toujours capables de s’engager sur l’intégralité des espèces, on essaie d’avoir une fleur phare par mois sur laquelle on peut s’engager. 

Quand on commence, on commence on a évidemment envie de tout faire ! Mais pour être efficace, il faut quand même limiter le nombre de variétés qu’on propose, tout en ayant une large gamme de coloris. De notre côté, c’est simple, on consulte les fleuristes avec qui on travaille pour savoir ce qu’ils veulent : cette année, on s’est donc mis d’accord sur les coloris d’alstroemeria.

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    Que peut apporter la production locale par rapport aux circuits classiques ?

    Produire des fleurs localement permet de faire découvrir aux consommateurs des fleurs qu’ils ne découvriraient pas autrement. Les espèces les plus populaires sont souvent des fleurs qui doivent pouvoir supporter le transport sans trop s’abîmer, ce qui n’est évidemment pas le cas de toutes les fleurs. 

    Par exemple, quand j’étais encore dans la Drôme, je cultivais des nielles des blés, qui ajoutent selon moi beaucoup d’élégance à un bouquet. Mais comme elles voyagent très mal, on n’en trouve jamais chez son fleuriste. C’est un peu la même chose avec le zinnia qui supporte très mal le froid : il est donc mal adapté au transport réfrigéré. 

    C’est pareil pour le dahlia, ce qui peut surprendre parce qu’on peut en trouver en boutique ; mais en réalité la fleur voyage vraiment très mal. D’ailleurs, les fleuristes n’aiment pas trop en vendre parce qu’ils trouvent qu’ils tiennent mal en bouquet. Et c’est vrai, à condition que le dahlia ait supporté 8 jours de frigo. De notre côté, les dahlias que nous produisons sont cueillis la veille, donc ça n’a évidemment rien à voir en termes de fraîcheur. 

    Donc pour résumer, je dirais que produire des fleurs localement permet d’une part de découvrir des variétés, et d’avoir des fleurs de qualité supérieure.  

    C’est pour encourager ces liens locaux que j’organise des rencontres entre fleuristes et producteurs à l’échelle régionale ; pour moi c’est le bon maillon pour agir. La dernière fois, on avait réuni près de 45 personnes, et je compte bien reproduire l’expérience !

    Quel regard portez-vous sur les débats autour des résidus de pesticides présents sur les fleurs ?

    C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne produis qu’en bio, parce que je m’inquiète des conséquences des pesticides sur la santé humaine et sur l’environnement. Je trouve ça évidemment très positif qu’on commence à parler de ce sujet dans la presse. Je pense que nous, en tant qu’agriculteurs, nous avons plus ou moins conscience des enjeux, ce qui est moins évident pour les fleuristes. Pourtant, la principale voie de contamination est l’épiderme, les fleuristes sont donc concernés eux aussi. 

    Globalement, c’est donc une chose que l’ANSES ait été saisie et ait à conduire une étude sur la santé des fleuristes, je pense que ça fait partie des choses qui peuvent permettre de favoriser une prise de conscience de la part des fleuristes et du grand public. 

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.