Hipollène à Limoges : « Faire pousser des fleurs, c’était une évidence »
Cette semaine, Sessile a rencontré Hipollène, à la fois ferme florale et fleuriste du côté de Limoges. Son histoire commence par le projet commun de Mathilde et Matthieu qui souhaitaient lancer un projet agricole commun ; nous avons rencontré Mathilde pour qu’elle nous raconte leur histoire, et leur vision de la fleur.
Bonjour Mathilde, est-ce que tu peux nous raconter l’histoire d’Hipollène en quelques mots ?
L’histoire d’Hipollène un projet qu’on a envisagé à deux avec mon mari, Mathieu, car tout a commencé le jour de notre mariage !
A l’origine, Mathieu vient du milieu agricole — il a un bac agricole, a grandi à la campagne, et a toujours été passionné par la nature. Il a aussi une autre passion : l’informatique. Il a donc été développeur web pendant 15 ans, mais très tôt, il disait qu’il ne ferait pas ça toute sa vie.
De mon côté, je suis médecin urgentiste au CHU de Limoges, mais j’ai rapidement senti que je ne pourrais pas faire ça toute ma vie. Je suis de nature très créative, j’adore fabriquer, bidouiller, bref faire quelque chose de mes mains.
Le premier déclic s’est fait grâce à une fleuriste chez qui nous achetions nos fleurs. Elle nous avait parlé de la difficulté de s’approvisionner en fleurs locales. À l’époque, la tendance de la ferme florale n’avait pas encore le vent en poupe !
En 2023, lors de notre propre mariage donc, on a voulu faire les choses de manière plus écoresponsable. On a décidé de faire nos bouquets de fleurs nous-mêmes, en collaborant avec Marlène, des Bâtisses, une productrice de fleurs installée en Dordogne. Quand les fleurs sont arrivées, elles étaient superbes. A ce moment, mon mari m’a regardée et m’a dit : « On va faire ça. On va faire pousser des fleurs. ».
Tout s’est aligné. Lui s’occupait de la production agricole, et moi je gère la partie événementielle et entrepreneuriale. Nous vivons entre deux lieux : notre ferme est située près d’Aix sur Vienne, et notre maison-atelier à Isle. L’idée est, à terme, de tout rapatrier à Aix de manière à ce que les espaces de production et de conception de bouquet soient un seul et même lieu.
Aujourd’hui, on cultive sur 800 m², mais on vise les 2 000 m² avec des tunnels froids. On produit environ 70 espèces différentes et 270 variétés. Les dahlias, notamment, ont été un grand succès : ils nous ont fait connaître, et les gens les attendent chaque année avec impatience.
On fait partie d’un réseau de fermes florales en Haute-Vienne. Ce sont toutes de petites structures, souvent en bio, et qui partager donc notre philosophie. Il y a un bel esprit d’entraide : groupe Whatsapp, commandes groupées, rencontres annuelles pour échanger sur nos problématiques. C’est vraiment précieux de pouvoir échanger sur nos quotidiens !
Quelle est votre philosophie de production ?
On a une vraie philosophie écologique. Produire des fleurs sans abîmer la planète, c’est essentiel pour nous. On veut montrer qu’il est possible de faire autrement, d’appliquer nos convictions écologiques à la production agricole.
Et surtout, on n’a pas envie de respirer ou manipuler des produits toxiques. Lorsqu’on s’installe comme agriculteur, on est obligés de suivre des cours sur l’usage des pesticides, et rien que ça, ça nous a fait peur. Ça nous a confortés dans notre choix d’une agriculture propre.
C’est pourquoi on n’utilise aucun pesticide. On en passe d’être labellisés bio, et ce label, même s’il n’est pas parfait, parle aux consommateurs. Il était essentiel pour Mathieu comme pour moi que notre projet puisse se communiquer facilement auprès des consommateurs, et les labels sont souvent très efficaces pour y parvenir.
Quels sont les aspects les plus difficiles du métier ?
Honnêtement, comparé au milieu hospitalier, rien ne semble vraiment insurmontable ! (rires) Mais si je devais identifier un problème, c’est que l’administratif est très lourd. Les démarches sont interminables ! Ça fait deux ans qu’on est dessus, et c’est loin d’être terminé.
Heureusement, on est deux. Ça nous permet de nous répartir les tâches. Je suis admirative de mes consoeurs qui gèrent toutes seules leurs exploitations. Entre les commandes, la livraison, la vente, la communication… c’est énorme. Et puis il y a la logistique de la vente en ligne : Matthieu a développé un site, on a un catalogue prêt, mais on n’a pas encore eu le temps de le finaliser, notamment pour la gestion des quantités.
Et puis il y a l’aspect concurrentiel… Personnellement, je n’aime pas trop ça : certains fleuristes ont mal pris notre arrivée. Pourtant, ce sont souvent ces mêmes fleuristes qui se rendent compte que les fleurs locales apportent vraiment un plus à leur offre — des variétés inédites, des stades de floraison qu’on ne trouve pas chez les grossistes. Et ça marche : dès qu’ils communiquent là-dessus, ils voient l’intérêt d’en proposer davantage à leurs clients.
En effet, je sens un réel engouement pour la fleur locale, même chez les fleuristes plus traditionnels, parce qu’il y a une vraie attente du public pour des fleurs respectueuses de l’environnement, produites localement. C’est un marché encore en construction, mais très prometteur.
Comment Floribalyse peut aider les producteurs selon toi ?
Pour moi, Floribalyse pourrait être une vraie caisse de résonance. Il faut montrer que c’est possible de faire de la floriculture autrement. Si on arrive à créer un indicateur comme un écoscore, ça parlera tout de suite aux gens, un peu comme le label bio.
On a besoin de visibilité, de reconnaissance, d’outils pour expliquer notre démarche. Et si on peut, grâce à ça, sensibiliser les consommateurs, alors ce sera déjà une victoire.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.