La filière vue par les artisans fleuristes
La filière horticole est en pleine transformation : meilleure prise en compte de son impact environnemental, traçabilité, fleurs de saison, les acteurs sont tous engagés à leur manière. Pour comprendre les enjeux de cette transformation et inventer la fleur de demain, Sessile a donné la parole à des fleuristes, qui évoquent comment Floribalyse pourrait participer à la transformation de leur métier.
Un métier de création, de passion et de lien social
Être fleuriste, ce n’est pas simplement vendre des fleurs. C’est avant tout un métier de création, où l’imagination s’exprime à chaque composition. La diversité des variétés, la richesse des textures et la beauté éphémère des fleurs offrent une infinité de combinaisons.
“Le plus beau dans ce métier, c’est que rien ne ressemble, tout est différent et se réinvente sans cesse. Je n’ai jamais l’impression de composer deux fois le même bouquet”, confie Birgit, de la boutique À Fleurs de Peau.
Chaque composition est une œuvre unique, façonnée au gré des saisons et des émotions. “La créativité dont je dois faire preuve dans la composition des bouquets est vraiment un aspect essentiel : en réalité, on ne fait jamais deux fois le même bouquet, ce qui donne le sentiment que notre métier se renouvelle à chaque instant”, renchérit Gilles Sonnet.
Le processus créatif commence dès l’approvisionnement. Hanakawa, par exemple, attache une grande importance à ce moment de sélection : “J’aime prendre du temps pour choisir mes fleurs, comparer les textures, les coloris, imaginer les associations de variétés.”
Mais au-delà de la création, le métier de fleuriste est également un métier de lien et d’émotion. Les artisans sont sollicités à des moments forts de la vie : naissance, amour, deuil, retrouvailles. “Être fleuriste, ce n’est pas juste être commerçant, on fait appel à nous pour des moments chargés en émotions !”, explique Harmony, de Ziggy.
Ce lien avec les clients est au cœur du métier. “Chaque bouquet est une rencontre entre une émotion, un moment de vie particulier du côté du client, et un savoir-faire et une idée du côté du fleuriste”, ajoute Maison Marguerite. Une proximité qui se double d’un engagement : “J’ai vraiment envie que la fleur reste un produit populaire et accessible à tous. Nous avons toutes et tous des émotions à partager”, affirme Birgit.
Un artisanat en harmonie avec la nature
Les fleuristes évoluent au rythme des saisons, et cela façonne profondément leur travail. L’arrivée du printemps, le retour de certaines variétés, les changements de couleurs et de textures sont autant de sources de renouveau.
“On trouve des centaines de variétés de fleurs à travailler, et le rythme des saisons vient sans cesse apporter de la nouveauté”, souligne Gilles Sonnet. Ce cycle naturel inspire même une forme d’émerveillement. “Tous les ans, je suis émerveillé par le retour de certaines fleurs, c’est toujours un moment très émouvant”, confie Harmony.
Cette sensibilité à la nature s’accompagne d’un engagement. Pour beaucoup, le fleuriste est un véritable artisan de la nature, et à ce titre, un acteur de sensibilisation. “J’essaie aussi de sensibiliser mes clients aux questions environnementales : pour moi, le fleuriste est l’artisan de la nature, c’est dans notre rôle d’avoir ces discussions avec nos clients”, insiste À Fleurs de Peau.
Un métier accessible mais confronté à de nombreux défis
Le métier de fleuriste reste relativement accessible. Les formations sont nombreuses, et s’installer nécessite moins d’investissement qu’un restaurant ou une boutique de mode. “Il est très facile d’accéder à une formation pour découvrir le métier. Par ailleurs, s’installer coûte beaucoup moins cher que dans d’autres types de commerces”, précise Gilles Sonnet.
Mais derrière cette accessibilité se cachent des difficultés quotidiennes. La première réside dans le décalage entre les attentes des consommateurs et les réalités du métier. La méconnaissance de la saisonnalité, par exemple, est un obstacle constant.
“Une autre difficulté est de se confronter à certaines demandes de clients qui n’ont pas toujours conscience de certaines contraintes, à commencer par la saisonnalité des fleurs”, regrette Gilles Sonnet.
“Ça arrive très souvent qu’on me demande des fleurs qui ne sont pas disponibles”, confirme Harmony. Et cela va au-delà des disponibilités : “Les clients ne se rendent pas toujours compte de ce que vaut une fleur, mais aussi du travail, de l’énergie et de l’émotion que l’on met pour composer un bouquet.”
Un engagement fort pour des fleurs locales, mais qui nécessite de s’organiser
Nombreux sont les fleuristes qui cherchent à privilégier les circuits courts et la fleur française. Mais cet engagement suppose une organisation rigoureuse et un investissement constant. “La plupart des choses que je trouve compliquées dans mon métier, ce sont les contraintes que je m’impose moi-même, comme par exemple le fait de s’approvisionner en priorité auprès de producteurs locaux”, explique Ibéris.
La logistique est également un casse-tête, notamment pour ceux qui travaillent en atelier : “Trouver le bon équilibre pour avoir le moins de perte possible demande de la pratique, d’autant plus que la plupart des grossistes vendent les fleurs à la botte”, ajoute Hanakawa.
Et bien souvent, les fleurs françaises restent difficiles à trouver, comme le souligne Maison Marguerite : “J’aimerais beaucoup ne proposer que de la fleur française, mais c’est mission impossible !”
Une profession qui débat, s’interroge et se transforme
Le sujet de la provenance des fleurs divise parfois la profession, entre engagement éthique et nécessité économique. Si certains font le choix radical de proposer uniquement des fleurs françaises, comme chez Ziggy, ils reconnaissent les concessions que cela implique.
“Évidemment, ça nous contraint sur les variétés qu’on propose en boutique, mais aussi sur les couleurs”, admet Harmony. D’autres optent pour un équilibre plus pragmatique : “Il nous est impossible de proposer uniquement des fleurs françaises à nos clients”, observe Gilles Sonnet.
Le débat sur le coût des fleurs françaises revient régulièrement. Pourtant, plusieurs fleuristes nuancent : “Ce n’est pas ce que je constate de mon côté. La qualité est souvent au rendez-vous et elles ont souvent une excellente tenue en vase”, affirme Ziggy.
Derrière ces débats, une inquiétude plane : celle des produits phytosanitaires utilisés sur certaines fleurs importées. Plusieurs fleuristes évoquent le choc suscité par certaines révélations récentes.
“Cela fait un moment que je me doute que de travailler des fleurs qui viennent de loin n’est pas génial pour la santé”, confie Ibéris. Si d’autres appellent à ne pas généraliser, tous s’accordent sur la nécessité de mieux encadrer la filière.
La fleur de demain : plus locale, plus verte, plus humaine
Pour l’avenir, les artisans fleuristes rêvent d’un métier reconnecté à la nature. Le glanage, par exemple, est vu comme une piste de création plus durable. “J’aime beaucoup glaner en forêt, pour ajouter des morceaux d’écorce à mes bouquets par exemple”, raconte Birgit.
L’impact environnemental reste une préoccupation majeure. “C’est un métier où on essaierait au maximum de réduire notre empreinte sur l’environnement, en ne laissant quasiment aucune trace de notre passage”, imagine Maison Marguerite.
Mais cette transition ne pourra se faire qu’avec un tissu local renforcé. Le lien avec les producteurs est souvent jugé trop ténu. “Les fleuristes connaissent en réalité très peu les producteurs de leur région”, regrette Ibéris. Pour Ziggy, une partie de la solution serait de produire soi-même certaines variétés.
La pédagogie auprès du public est aussi cruciale. “Je connais les producteurs avec lesquels je travaille, donc j’indique systématiquement la provenance des fleurs sur de petits panneaux”, précise Ibéris. “On affiche systématiquement l’origine des fleurs qu’on propose”, confirme Maison Marguerite.
Floribalyse, un projet pour éclairer la filière
Dans ce contexte, l’initiative Floribalyse suscite de l’enthousiasme. Pour de nombreux artisans, elle représente une opportunité de mieux informer les consommateurs et de valoriser les pratiques vertueuses.
“Je trouve que l’initiative du projet qui consiste à mieux informer les professionnels et les consommateurs, c’est déjà énorme”, salue Ibéris. “C’est très difficile de mettre en valeur les efforts qu’on fait au quotidien… il existe très peu de données à ce sujet”, ajoute Maison Marguerite.
Au-delà de l’information, Floribalyse pourrait structurer la filière autour de critères clairs et mesurables. “Cela permettrait de rassurer les professionnels comme les consommateurs”, souligne Gilles Sonnet.
Enfin, les fleuristes insistent sur l’importance d’une approche collective. “Parfois, quand on parle d’écologie, on se sent vite seul ; je pense que c’est bien si on se met tous autour de la table pour voir comment avancer ensemble”, conclut Ibéris.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.