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11.05.25

Julie et Tiphaine, actrices engagées de la fleur française bas carbone

Sessile continue son tour d’horizon des initiatives positives de la filière fleur coupée. Cette semaine, nous rencontrons Julie, cheffe de projet du chantier d’insertion Fleurs d’Halage, et Tiphaine, fondatrice des Bottes d’Anémone, fleuriste éco-responsable à Vannes. Elles nous confient leurs ambitions pour une filière fleur durable et expliquent les projets qu’elles ont mis en place pour y parvenir. 

Bonjour Tiphaine, bonjour Julie, pouvez-vous nous présenter rapidement vos parcours respectifs ?

Tiphaine : Je suis fleuriste et j’ai fondé Bottes d’Anémone en août 2020, donc on va fêter nos 5 ans cet été ! C’est une structure un peu atypique puisque je n’ai pas de boutique physique. Mon atelier fonctionne plutôt comme un traiteur, sur abonnement, précommande ou événement. 

Environ 50 % de notre activité est destinée aux pros : mariages, événements, mais aussi commandes plus ponctuelles via un site e-commerce. On y trouve par exemple le bouquet de la semaine, des cartes cadeaux, ou encore la possibilité de fleurir des obsèques.

Julie : De mon côté, je suis cheffe de projet pour le chantier d’insertion Fleurs d’Halage. Halage est une association qui accompagne les personnes éloignées de l’emploi ; pour ce faire, nous disposons d’une dizaine de chantiers d’insertion, dont notre exploitation située sur L’Île-Saint-Denis consacré à la culture de fleurs, qui existe depuis 2018. 

Nous exploitons près de 6000 m² de culture, et travaillons en plus une petite parcelle à côté de l’église. Nous accompagnons chaque année environ 30 personnes éloignées de l’emploi. Nous vendons ensuite nos fleurs à des fleuristes, à des entreprises, aux particuliers via des AMAP, ou encore directement à la ferme aux gens qui viennent nous rendre visite.

Comment se matérialise votre engagement pour le climat au quotidien ?

Tiphaine : Notre engagement éthique est on ne peut plus clair : nous offrons 100 % de fleurs françaises, de saison, choisies chez les producteurs. Les Bottes d’Anémone pratiquent le 0 déchet, 0 plastique à usage unique et 0 mousse florale. On développe même des projets de R&D autour du mycélium pour des alternatives durables.

Aujourd’hui, je travaille avec une vingtaine de fermes florales pour la fleur fraîche, et une petite dizaine pour les fleurs séchées, dont fait partie Julie. On crée des partenariats durables, avec des engagements réciproques : je m’engage à acheter leurs fleurs, et elles à adopter des pratiques durables. Pour l’instant, c’est encore compliqué de structurer ça à l’échelle régionale, mais on y croit.

Je suis également très engagée dans le Collectif de la fleur française, dont je suis référente pour la Bretagne, et suis co-référente de la commission bas carbone chargée d’étudier les nouvelles tendances pour offrir des fleurs plus respectueuses de l’environnement. Mon atelier a aussi obtenu l’agrément ESUS et la certification Bcorp.

Julie : Chez Fleurs d’Halage, nous mettons tout en place pour que les fleurs que nous produisons le soient dans les conditions les plus propres possibles. Chaque année nous produisons plus de 170 000 tiges sans pesticides dans une démarche qui s’apparente à de la production bio, même si nous ne sommes pas certifiés. 

Sur la distribution aussi, on a adopté les bons gestes : la majorité de notre circuit de distribution se concentre dans un rayon de 15km. On est vraiment dans de l’hyper local !

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Pouvez-vous nous en dire plus sur la commission bas carbone du Collectif de la Fleur Française ?

Julie : La réflexion sur une fleur française et de saison qui soit durable et respecte les cycles naturels fait partie de l’ADN du Collectif et a toujours guidé son action. C’est donc naturellement que nous en sommes venues à nous interroger sur les émissions de carbone générées par la production de fleurs. 

Le Collectif a réalisé un premier recensement des pratiques au travers d’un questionnaire diffusé auprès de ses membres pour mieux comprendre leurs pratiques environnementales. A l’issue de cette consultation, nous avons mis en place plusieurs commissions thématiques, dont une sur le bas carbone, et une autre sur l’économie circulaire et le 0 déchet et une dernière sur les aspects sociaux et économiques de la filière.

Tiphaine : Je voudrais ajouter qu’au-delà de l’aspect environnemental du projet, nous sommes également très vigilantes sur l’aspect social ; je suis convaincue que l’analyse de l’impact social et sociétal de la production est indispensable. 

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    Pourquoi vous être engagées dans cette démarche bas carbone ?

    Tiphaine : Parce qu’on avait toutes les deux déjà tenté des choses de notre côté. J’ai mené un bilan carbone avec Diatomée, une structure bretonne. Je suis contente de l’avoir fait, et c’était un bon début, mais les résultats étaient difficiles à interpréter, car on manquait de données de comparaison. Il manque des références pour notre secteur ; de mémoire, les seules données disponibles étaient une étude de l’ADEME sur la rose disponible sur Agribalyse. 

    Julie : Chez Fleurs d’Halage aussi nous avons réalisé une étude environnementale, on a travaillé avec un bureau d’étude (Artelia) sur une Analyse du Cycle de Vie (ACV) de notre production d’oeillets. Et on est arrivées à la même conclusion que Tiphaine : tant qu’on n’a pas de données solides sur la filière, on ne peut pas faire évoluer les standards. D’où notre volonté de faire bouger les lignes.

    Notre objectif à terme, c’est de créer un référentiel carbone fiable pour la fleur française. On veut sortir de la comparaison biaisée avec des productions importées. Et au-delà du diagnostic, montrer par l’exemple que des modèles vertueux sont possibles.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.