1. Accueil
  2.  / 
  3.  / 
  4. Les Ombelles, des fleurs des champs aux fleurs locales
11.05.25

Les Ombelles, des fleurs des champs aux fleurs locales

Sessile continue son tour de France des initiatives enthousiasmantes de la filière fleur en France. Cette semaine, nous avons rencontré Virginie, productrice de fleurs en Savoie, qui produit ses fleurs sans intrants chimiques.

Virginie, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

À la base, je suis ingénieure en environnement. J’ai travaillé en Suisse, dans le domaine de la biodiversité, un sujet qui me tient profondément à cœur. Mais avec le temps, j’ai ressenti le besoin de passer à quelque chose de plus concret. J’avais envie d’un lien direct avec la terre, de faire quelque chose de mes mains, tout en restant alignée avec mes valeurs de protection de la nature.

Au départ, je me suis naturellement tournée vers la production de fleurs sauvages. L’idée était de cultiver des fleurs pour promouvoir la diversité florale locale, les fleurs des champs qu’on voit de moins en moins. Très vite, j’ai compris que je devrais aussi faire de la fleur horticole, mais avec du sens, des valeurs ajoutées, de l’éthique. 

Comment s’est passée votre reconversion ?

Je me suis formée en 2019 en passant un bac pro horticole à distance, pour obtenir la capacité agricole. J’ai aussi suivi la formation en ligne de Floret Farm, lancée par Erin Benzakein, une référence dans le monde des fermes florales aux États-Unis. Elle m’a inspirée à suivre un modèle très différent des exploitations classiques : de petites surfaces, en bio-intensif, avec des rotations de culture très rapides et une grande diversité de variétés. À l’époque, ce genre d’approche n’existait pas encore en France.

J’ai adapté les techniques et le matériel au contexte français. En 2021, j’ai démissionné de mon poste d’ingénieure pour me lancer à 100 % dans les fleurs. C’est un métier très exigeant en temps et en énergie.

Quelle est votre philosophie de culture ?

Je cultive environ 50 espèces différentes, avec par exemple une soixantaine de variétés de dahlias différentes. Mon objectif est d’offrir une grande diversité de fleurs et de couleurs. Mais cette diversité demande une organisation énorme : chaque espèce a ses besoins propres, ses cycles de floraison, son arrosage… Ce n’est pas du tout la même chose que de cultiver 3 espèces en masse. C’est plus complexe, mais aussi beaucoup plus enrichissant je trouve.

Quelles sont les réalités du marché pour une productrice comme vous ?

Au début, l’enthousiasme était là. On est dans une région assez dynamique autour du lac Léman, avec une vraie demande pour de la fleur locale. Mais rapidement, j’ai compris que ma petite surface ne pouvait pas répondre aux attentes de certains fleuristes habitués à une offre calibrée, constante, et moins dépendante des aléas météo.

En revanche, d’autres fleuristes jouent le jeu et acceptent ce que je peux leur proposer, en s’adaptant. Je travaille aussi beaucoup sur la sensibilisation des clients : comprendre que les fleurs ont des saisons, comme les fruits et légumes. Par exemple, il n’y a pas de pivoines en septembre, et ça, les clients ne le savent pas encore suffisamment. Même moi, avant de me lancer, je ne le savais pas !

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir floricultrice ?

J’étais déjà sensibilisée à la question environnementale. Voir l’état du marché des fleurs coupées m’a profondément dérangée : on perçoit les fleurs comme des déchets programmés, souvent bourrés de pesticides, venus de l’autre bout du monde… 

Et puis, il manquait cette poésie, cet aspect champêtre que j’aime tant. Alors j’ai commencé à faire des bouquets pour moi, puis pour ma famille. Et de fil en aiguille, j’ai voulu le proposer aux autres.

Que pensez-vous de l’impact écologique de l’industrie florale ?

C’est un vrai sujet. On offre des fleurs pour célébrer l’amour, la vie… et pourtant, une grande partie de l’offre industrielle est destructrice pour l’environnement. Les fleurs sont devenues des produits cultivés dans des systèmes artificiels qui ne tiennent plus compte de la biodiversité. C’est le résultat de l’artificialisation à outrance : quand on remplace les processus naturels, on finit par avoir des plantes incapables de pousser sans pesticides.

Je ne me retrouve pas non plus dans les labels bio officiels : certains traitements sont autorisés, on peut utiliser des tonnes de soufre par hectare. Et ne parlons pas du terreau à base de tourbe, extrait de milieux naturels précieux. Je me fournis en terreau sans tourbe en Suisse, même si c’est plus cher, parce que c’est cohérent avec mes convictions.

Rejoignez-nous

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre métier ?

Les gens imaginent souvent qu’on passe nos journées à cueillir des fleurs au soleil… En réalité, c’est un métier rude, physiquement éprouvant. C’est un métier où on passe souvent les journées dans la boue, et parfois sous la pluie ! Je n’ai pas de serre, donc je suis totalement dépendante du climat. Une canicule, une tempête, des limaces, et des semaines de travail peuvent partir en fumée.

Il y a aussi de longs mois sans fleurs, pendant lesquels on prépare le sol, on plante, on organise. On est souvent dans la boue, toujours sales… Heureusement, la récolte et la création des bouquets sont une vraie récompense, au cours desquels je vois bien que je n’ai pas travaillé pour rien !

Et côté commercialisation ?

Je vends des bouquets sur commande, un peu de fleurs pour des mariages – mais à mes conditions. Mais l’essentiel de ma production, je la vends à des fleuristes qui viennent chercher leurs commandes directement à l’exploitation. Sinon, on s’arrange parfois pour se retrouver à mi-chemin, comme par exemple avec Juline d’Ibéris qui est une très bonne cliente.

Je fais aussi partie du collectif de la fleur française, et d’un groupe WhatsApp avec des floriculteurs locaux. Il y a une vraie solidarité entre nous, et ça fait du bien.

Quel serait votre monde idéal de la fleur ?

Un monde où les fleurs locales, de saison, cultivées avec respect, sont valorisées. Où l’on ne cherche pas à concurrencer l’industrie à tout prix, mais où les petits producteurs peuvent vivre décemment de leur métier. Ce n’est pas un métier à idéaliser, il est exigeant, il ne rend pas riche, mais il a du sens.

Que pensez-vous de l’initiative Floribalyse ?

C’est une belle opportunité pour mettre en lumière les enjeux de l’origine des fleurs. Si on pouvait réduire la part de l’importation et valoriser davantage le travail des producteurs locaux, ce serait un vrai progrès. Il faut donner envie aux gens de soutenir une autre manière de produire.

Mon entreprise a été rentable dès la première année, mais le salaire ne reflète pas l’énergie investie. Beaucoup de producteurs arrêtent. Il faut donc garder les pieds sur terre : on ne devient pas industriel, mais on ne fait pas non plus des miracles. C’est un choix de vie.

 

Qui sommes nous ?

Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.