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29.01.26

"Quand on est fleuriste on porte dix casquettes à la fois : comptable, communicante, livreuse…" Estelle fleuriste à Bordeaux

Estelle est fleuriste à Bordeaux et a ouvert les portes de sa boutique, Le Dahlia. Nous l’avons rencontrée pour remonter aux origines de sa passion pour les fleurs. Entre passion pour la création florale, contraintes d’approvisionnement et évolution des prix, elle nous dévoile son quotidien de fleuriste. 

Bonjour Estelle, pouvez-vous nous raconter votre histoire en tant que fleuriste ?

J’ai presque toujours voulu être fleuriste. À l’origine, je souhaitais plutôt devenir architecte, avec l’envie de comprendre les espaces, l’environnement, ce qui nous entoure. Quand j’étais petite, dans mon village, il y avait une fleuriste absolument magnifique. Sa boutique était très belle, et je crois que l’effet qu’elle a eu sur moi a beaucoup compté dans mon parcours. Je me suis dit : pourquoi pas fleuriste ? 

J’ai commencé comme salariée, puis, quand on connaît toutes les ficelles du métier, qu’on a vu assez de situations, on a envie de voler de ses propres ailes. Être salariée, c’est souvent exécuter ce qu’on nous demande. Quand on est fleuriste à son compte, c’est autre chose : on porte dix casquettes à la fois — comptable, communicante, livreuse… et on ne compte pas ses heures.

Ce que je préfère dans mon métier, c’est évidemment l’aspect création. Le côté “commercial” ne m’intéresse pas vraiment : pour moi, ce n’est pas vendre l’essentiel, c’est créer du lien. Échanger avec les clients, discuter, comprendre ce qu’ils veulent vraiment, c’est peut-être l’aspect la plus important de notre métier.

De quoi vous parlent vos clients aujourd’hui ?

Parmi les questions qui reviennent le plus souvent, les clients me demandent d’où viennent les fleurs, si c’est “naturel”, comment on obtient telle ou telle couleur. On est vraiment dans l’échange autour de la fleur en elle-même.

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Quel est votre positionnement sur les fleurs importées, notamment les roses ?

Quand c’est possible, je privilégie les fleurs des producteurs. Mais en hiver, c’est très compliqué, puisqu’on ne trouve pas de tout. À Bordeaux, on n’a pas la même offre qu’à Paris : il n’y a que cinq horticulteurs dans le périmètre immédiat, et il faut faire avec ce qu’ils nous proposent. Alors je fais au maximum avec ce que j’ai à disposition.

Je m’approvisionne environ trois fois par semaine chez des producteurs locaux qui se regroupent chez sur une place de marché, ce qui facilite les choses. Je travaille aussi beaucoup avec des producteurs du Var, qui produisent de très belles variétés de fleurs, comme des pivoines, des renoncules, du mimosa, des œillets, ou encore des giroflées.

Je pars du principe que c’est un peu comme la politique : dès qu’on affiche une opinion trop tranchée, on est jugé. Il en faut pour tout le monde. Les roses d’Équateur ou d’ailleurs, tant que ça fait vivre des gens, ça ne me dérange pas d’en vendre. Si les clients n’en demandaient pas, je n’en proposerais pas. Je dois aussi gagner ma vie ! 

À la Saint-Valentin, j’ai fait le choix de ne pas prendre parti : je propose donc 50 % de roses rouges, 50 % de fleurs de saison, comme ça tout le monde peut trouver son bonheur. Tant que les gens achètent des roses rouges et que ça me permet de faire tourner la boutique, je continuerai à en vendre. 

S’il y avait plus d’offre locale, évidemment que je prendrais davantage, mais il faut être réaliste. 

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    Voyez-vous émerger de nouvelles tendances en matière d’achat de fleurs ?

    Le bouquet naturel et champêtre, c’est indémodable. Chic, efficace… mais ça fait dix ans que ça dure, alors j’espère aussi qu’on verra émerger de nouvelles choses. La pampa, par exemple, on sent que ça s’essouffle.

    Pour les mariages, on observe quelque chose de plus moderne : moins de feuillage, parfois des compositions monochromes, plus épurées.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?

    Qu’on ne peut pas avoir une fleur du jour au lendemain. Les prix évoluent énormément en fonction de l’offre et de la demande. Quand on achète au cadran, on le voit très concrètement : une renoncule peut prendre 10 % d’une semaine à l’autre, par exemple à cause d’un épisode de froid en Italie. Le prix des fleurs est vraiment très sensible.

    Je voudrais aussi que les clients soient plus conscients des réalités locales. À Bordeaux, on a moins de choix que dans les grandes villes, donc c’est souvent plus cher. Il y a moins de concurrence, moins de fournisseurs. Quand des fleuristes parisiens viennent ici, ils ne comprennent pas toujours pourquoi les prix sont plus élevés, c’est pourtant notre lot quotidien.

    Et le dernier aspect, c’est la réalité du métier de fleuriste, où l’on se donne à fond. Par exemple en été, on se lève à 4h30 pour avoir la meilleure marchandise, puisque le premier arrivé est le premier servi. On fait avec les contraintes, les saisons, le climat. C’est ça, la réalité du métier.