"Nous racontons le monde végétal dans toute sa diversité" Jean-Pierre Morby, président du CCVS
Le Conservatoire des collections végétales spécialisées (CCVS) est une association dont le but est de préserver le patrimoine naturel français, en fédérant un réseau de collections végétales publiques et privées et de promouvoir le savoir botanique auprès du public. Nous avons rencontré son président, Jean-Pierre Morby.
Pouvez-vous nous présenter le CCVS et sa mission principale ?
Le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées, le CCVS, est une structure associative créée en 1989. Notre mission est claire : conserver, reconnaître et valoriser le patrimoine végétal cultivé en France.
Aujourd’hui, nous fédérons plus de 350 collections végétales, publiques ou privées, réparties sur l’ensemble du territoire français. Il s’agit aussi bien de collections publiques détenues par de grands jardins nationaux, que privées, par le biais de pépiniéristes ou de particuliers.
Comment en êtes-vous devenu président ?
Comme souvent, c’est arrivé un peu par hasard. Je me suis installé en Normandie il y a vingt-cinq ans pour développer un grand jardin, avec plusieurs collections, notamment de magnolias, qui sont d’ailleurs aujourd’hui labellisées CCVS. C’est ainsi que j’ai découvert le Conservatoire.
A l’origine, je viens du monde du scénario, avec un intérêt pour la faune et la flore légendaires. Peu à peu, je me suis investi bénévolement au CCVS. Donner du sens, raconter l’histoire des plantes, relier le végétal à la culture et au temps long : c’est ce qui m’anime.
Qui sont les acteurs qui composent le CCVS aujourd’hui ?
Dès l’origine, le CCVS a été fondé par des botanistes professionnels et amateurs reconnus, souvent spécialistes d’une famille végétale en particulier. Cette double culture est essentielle : il n’y a pas, chez nous, de cloisonnement entre savoir “expert” et savoir “profane”. Le point de convergence, c’est la compétence botanique et la passion pour le monde végétal dans son ensemble.
Notre conseil scientifique rassemble par exemple des directeurs de jardins botaniques – de Nantes et Nancy par exemple – mais aussi des amateurs, qui eux aussi peuvent avoir une connaissance très pointue du végétal. Aujourd’hui, le label CCVS est un gage de sérieux et de qualité, qui valorise les collections végétales et le savoir qui les entoure. Des paysagistes viennent aussi de plus en plus chercher chez nous des informations très précises sur certains végétaux.
Nous travaillons avec des universités, organisons des conférences, et sommes régulièrement accueillis par de grandes villes et des jardins botaniques, comme le Jardin des Plantes à Paris ou le Parc de la Tête d’Or à Lyon.
Vous avez lancé récemment un nouveau label. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, en septembre dernier, nous avons lancé le label “Gardien du patrimoine végétal”. C’est une étape importante pour nous.
Jusqu’ici, notre association reconnaissait surtout des collections structurées, parfois lourdes à gérer. Or, beaucoup de jardiniers possèdent des plantes remarquables sans avoir les moyens d’entretenir une grande collection labellisée. Ce nouveau label, inspiré du programme britannique Plant Guardian, permet une approche plus souple, et donc d’ouvrir notre réseau de collections à un public plus large.
Concrètement, il s’agit pour les postulants au label de s’engager à conserver et transmettre quelques plantes présentant un intérêt horticole ou historique. L’objectif est d’élargir notre réseau, d’ouvrir la conservation végétale à des acteurs plus modestes, tout en restant exigeants sur le fond.
Comment diffusez-vous le savoir botanique auprès du public ?
Pour notre association, il est essentiel de rendre le savoir accessible à tous : beaucoup de citoyens peuvent être effrayés par la technicité du discours botanique, alors que chacun peut le faire vivre au quotidien.
Pour mettre simplement cette information à disposition du public, nous publions la revue Hommes et Plantes, qui propose quatre numéros par an. C’est l’un des rares magazines entièrement consacrés au végétal avec Rustica. On y trouve des articles écrits par des collectionneurs sur des thématiques très variées, par exemple sur les dahlias, ou sur la flore subantarctique. Pour nous, il n’y a pas de frontière entre plantes cultivées et plantes sauvages : nous racontons le monde végétal dans toute sa diversité.
Nous sommes également très présents sur les fêtes des plantes locales, pour aller à la rencontre des passionnés de végétal.
Pourquoi ce travail de conservation est-il aujourd’hui crucial ?
Parce que nous avons perdu énormément de diversité végétale au fil de l’histoire. À la fin du XIXᵉ siècle, puis lors des deux guerres mondiales, de nombreuses cultures ont été abandonnées. Pendant la Première Guerre mondiale, par exemple, les rosiéristes lyonnais ont arraché leurs pieds de roses pour planter des pommes de terre, et participer ainsi à l’effort de guerre, tout ceci a évidemment laissé des traces sur le temps long.
La majorité des pépinières et des parcs sont repartis quasiment de zéro dans les années 1970. Il y avait donc un retard immense à rattraper dans la conservation de notre patrimoine végétal. Depuis vingt ou trente ans, de nouveaux producteurs et pépiniéristes ont réintroduit une belle diversité, mais sans un travail de reconnaissance et de transmission, ces patrimoines restent fragiles. Notre rôle est donc à la fois de préserver et de diffuser.
Le CCVS s’intéresse aussi aux fleurs, y compris aux fleurs coupées. Où en êtes-vous sur ce sujet ?
C’est un axe de réflexion important, car comme je vous l’ai dit nous nous intéressons au monde végétal dans sa globalité. Pour les pépiniéristes et producteurs, la fleur coupée peut représenter un débouché intéressant ; aujourd’hui, je pressens qu’il existe cependant une nécessité d’élargir la palette végétale proposée.
Il existe de nombreuses plantes aujourd’hui oubliées, et qui pourraient pourtant trouver leur public auprès des fleuristes. Je pense notamment aux arbustes à fleurs. Le cléthra, par exemple, était très utilisé à Paris jusque dans les années 1920 pour la fleur coupée en contre-saison : il était très populaire grâce à ses grappes de fleurs blanches, très parfumées. Aujourd’hui, on ne le cultive quasiment plus pour cet usage, alors qu’il fleurit naturellement chez nous hors saison ; je perçois ici un potentiel intéressant pour les fleuristes.
Même chose pour les lilas ou certaines variétés de dahlias. Les étoiles de Digouin par exemple, très à la mode dans les années 1920-1930, ont disparu. Grâce à notre réseau, nous travaillons avec des institutions comme le Parc Floral de Vincennes, qui possède une collection de dahlias labellisée CCVS et qu’il pourrait être intéressant de réintroduire.
Quelles sont aujourd’hui vos principales difficultés ?
La professionnalisation. Le CCVS repose en grande partie sur l’engagement de bénévoles passionnés qui font un travail extraordinaire, mais nous manquons de ressources humaines. Idéalement, il nous faudrait au moins deux équivalents temps plein et une personne dédiée au développement. Pour l’instant, nous n’avons pas les moyens de les financer.
Plus largement, les jardins botaniques qui fonctionnent sont ceux soutenus par une collectivité. Certains sont tombés en désuétude, tandis que d’autres, comme Nantes, fonctionnent très bien grâce à un soutien politique fort. Pour continuer à faire ce que nous faisons, nous devons donc avoir le soutien de l’administration.
Le changement climatique menace-t-il les collections végétales ?
Oui, très clairement. Nous sommes confrontés à des pressions nouvelles, notamment sur l’usage de l’eau. Certaines collections ne survivent pas si l’arrosage est réduit, et il s’agit pourtant de situations de plus en plus fréquentes en cas de sécheresse. La plus célèbre collection d’hortensias de France, par exemple, est implantée sur un terrain peu favorable et demande énormément de main-d’œuvre et d’eau : ce n’est pas viable à long terme.
Un nouveau critère s’impose : adapter les plantes aux terroirs. Entre le moment où l’on plante et celui où l’on peut présenter une collection aboutie, il peut s’écouler trente ans. Certaines collections sont aujourd’hui clairement en danger, parce qu’elles ne bénéficient plus d’un environnement propice à leur conservation.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.