"Ça devrait être normal de ne pas avoir de roses en hiver" Capucine, fleuriste à Nyons
Chez Capucine, la passion des fleurs est une histoire de famille. Elle a ouvert les portes de Mimimosa à Nyons pour tenter de proposer autre chose : des bouquets plus naturels, moins figés, et faisant la part belle aux fleurs locales et de saison. Nous avons échangé avec elle pour évoquer sa passion de la fleur.
Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre passion pour les fleurs ?
J’ai grandi entourée de fleurs, dans ma famille, c’est une histoire d’amour générationnelle. C’est quelque chose qui m’a été transmis par ma grand-mère, qui adorait les fleurs sauvages et médicinales et qui a beaucoup travaillé avec les plantes, puisqu’elle était chercheuse au CNRS sur les plantes médicinales. Ma sœur aussi est passionnée de fleurs : elle a fait une thèse sur les fleurs médicinales, et aujourd’hui elle fabrique aujourd’hui des cosmétiques à partir de fleurs et de plantes.
Les fleurs ont donc toujours fait partie de ma vie. Quand j’ai commencé mes études, je me suis posé une vraie question : si je m’écoutais vraiment, qu’est-ce que j’aurais envie de faire ? Je n’avais pas envie de faire une licence par défaut, ni de suivre une voie qui ne me ressemblait pas. Fleuriste a été la première chose qui m’est venue à l’esprit. J’ai passé mon CAP et j’ai travaillé pendant trois ans dans différentes boutiques. Puis j’ai décidé d’ouvrir ma propre boutique, Mimimosa, pour faire les choses autrement.
Pourquoi avoir eu envie de faire autrement ?
Je n’étais pas très réceptive au style que je voyais pratiqué dans certaines boutiques. Je ne me retrouvais pas du tout dans les bouquets ronds, très serrés, avec toujours les mêmes fleurs : des roses, des lys, des chrysanthèmes. Il y avait aussi beaucoup d’art floral, de perles, de paillettes… ce n’est vraiment pas ce que j’aime.
Moi, ce qui me parle, ce sont les bouquets champêtres, les fleurs locales, les compositions plus naturelles, plus libres. J’avais envie de travailler avec le vivant, pas avec des codes figés. C’est ce qui m’a donné envie d’ouvrir Mimimosa ici, à Nyons, et de proposer une autre vision du métier.
Quel regard portez-vous sur les fleurs importées ?
La plupart des fleurs qu’on trouve aujourd’hui viennent du Kenya ou de l’Équateur, notamment les roses. Elles sont cultivées sous serre, en altitude, pour avoir des températures fraîches, et elles sont complètement forcées. Elles sont coupées tous les 16 jours, transportées par avion, et trempées dans des bains chimiques pour pouvoir tenir trois semaines à un mois en vase.
Quand on regarde le trajet d’une seule rose, son impact carbone est énorme. Et au-delà de ça, il y a les pesticides : ils finissent dans les sols, dans l’eau, dans les villages autour des exploitations. Les premiers impactés, ce sont les populations locales. Moralement, j’ai beaucoup de mal avec l’idée de vendre des produits que je considère comme des mini-cancers. Comme c’est joli, on ferme les yeux.
Personnellement, je n’ai pas encore d’enfant mais j’aimerais en avoir, et je n’ai pas envie de manipuler des fleurs pleines de pesticides toute la journée.
Vous privilégiez donc les fleurs locales ?
Aujourd’hui, environ 80 % des fleurs que je propose sont françaises. J’ai aussi un peu de fleurs italiennes, et très ponctuellement une ou deux variétés qui viennent de Hollande. Je ne propose pas de roses à la vente, sauf éventuellement sur commande très spécifique.
De mars à octobre, j’essaie de travailler uniquement avec des fleurs locales. Faire du 100 % français toute l’année, c’est encore compliqué. Je suis dans un petit village, je ne peux pas me faire livrer facilement, et je suis la seule à demander du français chez mes grossistes. Pour eux, le chiffre d’affaires se fait surtout sur les fleurs importées. Le premier fleuriste que je connais qui travaille uniquement avec de la fleur française est à plus de deux heures de route, à Grenoble.
Comment vos clients réagissent-ils à cette démarche ?
Très bien, et parfois mieux que ce que j’imaginais. À Noël, par exemple, des clients m’ont demandé des roses. J’ai dit non, simplement, et j’ai proposé autre chose. Pour moi, ça devrait être normal, comme le fait de ne pas manger de fraises en décembre. On ne m’en a plus redemandé, et j’ai fait un très bon chiffre d’affaires, preuve qu’avec de la pédagogie, on peut orienter les clients vers d’autres choix.
Je trouve que les clients sont en réalité très réceptifs, notamment les personnes qui ne veulent pas avoir de fleurs traitées aux pesticides. Ce qui m’a le plus surprise, ce sont les messieurs plus âgés : ils acceptent très bien cette démarche. Je ne fais la morale à personne, je propose simplement des fleurs locales et j’essaie d’expliquer ma démarche.
Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?
J’aimerais qu’on comprenne que ce n’est pas parce que c’est beau que ce n’est pas dangereux. Ça devrait être normal de ne pas avoir de roses en hiver. Il faudrait regarder ce qui pousse dans les jardins : les roses, c’est de juin à août, parfois jusqu’en septembre quand il fait chaud dans le sud, mais pas en dehors de cette période.
J’aimerais aussi que les gens voient plus loin que la rose elle-même, et qu’ils s’intéressent au trajet qu’elle a parcouru avant d’arriver dans un vase.
S’il y avait un sujet à mettre en avant cette année, lequel serait-ce ?
Il faut parler aux consommateurs. Leur raconter le chemin que parcourt une fleur, de la production jusqu’à leur intérieur.
Il faut aussi raconter ce qu’est vraiment le métier de fleuriste : le temps passé à réfléchir, à prévoir les pertes, la casse, les nœuds au cerveau pour contenter tout le monde, des réveils à 4 heures du matin. On ne se rend pas toujours compte du travail que ça représente ! Être fleuriste, ce n’est pas juste assembler des fleurs, c’est bien plus que ça.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.