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14.01.26

"Aujourd'hui, les producteurs français manquent de visibilité" Marie-France Dallet, présidente de l'association des Amis des fleurs de Rouen

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de l’association des Amis des Fleurs de Rouen ?

L’association des Amis des Fleurs de Rouen est une très vieille structure : c’est une société savante qui existe depuis plus de 180 ans. À l’origine, elle s’adressait aussi bien aux amateurs qu’aux professionnels du secteur horticole. Aujourd’hui encore, nos adhérents sont très variés : on compte d’anciens jardiniers de la Ville, d’anciens horticulteurs, mais aussi de simples passionnés, qui nous accompagnent et nous aident dans nos démarches.

Notre objectif principal est de participer à la connaissance sur le végétal de manière large. Nous organisons par exemple des ateliers de reconnaissance des plantes, des ateliers de jardinage en lien avec le Jardin des Plantes, mais aussi des ateliers d’art floral ou encore de dessin botanique. Nous avons une approche très large, pour encourager et améliorer le savoir autour des plantes, des jardins et de l’horticulture au sens large.

L’hiver, nous organisons des conférences, qui permettent d’approfondir des sujets très variés. La dernière portait par exemple sur l’archéologie dans les jardins : quelle était la situation du terrain, sa géologie, qui y vivait ? Tout cela permet de mieux comprendre l’histoire d’un lieu. 

Nous organisons aussi des visites de jardins, parce que chaque jardin est unique : aucun ne se ressemble. Ils ont tous une âme, liée aux préférences de leur propriétaire, à son style, à ses collections. Certains aménagent leur jardin autour de collections très spécifiques, comme les bonsaïs. C’est cette diversité qui nous passionne.

Comment êtes-vous devenue présidente de l’association ?

Par pur hasard ! A l’origine, je travaillais dans le secteur du cinéma. Mon mari était trésorier de l’association, et un jour, la présidente, qui était âgée, a annoncé qu’elle souhaitait clôturer l’association. J’ai repris “la baraque”, comme on dit, pour éviter sa disparition.

Je ne connaissais rien à l’horticulture au départ, et j’ai appris sur le tas, et je me suis pris d’une passion sincère pour la question du végétal. Avec le temps, je pense que la société d’horticulture a su prendre certains virages, se renouveler, proposer de nouvelles formes d’animation. J’y ai beaucoup contribué, parce que j’étais passionnée et que j’avais envie que ça vive.

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Quel regard portez-vous sur les fleurs coupées au sein de l’association ?

C’est aussi une question qui nous intéresse évidemment, puisque l’objet de l’association est le végétal au sens large. Aujourd’hui, nous proposons des ateliers d’art floral à nos adhérents. Un atelier d’ikebana, l’art floral japonais, qui est un art floral totalement différent de que nous avons l’habitude de voir : des compositions très plates, très épurées, avec très peu de fleurs, le tout dans le silence. Le moniteur vient avec ce qu’il trouve dans son jardin. C’est une véritable philosophie.

Nous proposons aussi un atelier d’art floral plus classique, plutôt dans la tradition française, avec des thèmes par séance – Saint-Valentin, Noël, bouquets ronds – et une animatrice qui s’approvisionne auprès de grossistes.

Historiquement, les animatrices s’approvisionnaient au MIN, et on retrouvait donc des fleurs classiques. La dernière animatrice est partie, et la nouvelle cultivait elle-même ses fleurs, qu’elle a décidé de proposer à nos adhérentes. L’objectif était de confectionner des bouquets strictement saisonniers, avec uniquement des fleurs naturelles, très proches de la nature.

Mais au bout du deuxième cours, certaines participantes sont parties : les fleurs ne tenaient pas suffisamment, et surtout, le rendu ne correspondait pas à l’image du bouquet “classique” acheté chez le fleuriste. Cela montre bien le décalage entre les attentes et la réalité du végétal, et les participantes n’étaient sans doute pas habituées à des fleurs moins calibrées que dans le commerce. 

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    Comment vos adhérents perçoivent-ils aujourd’hui les enjeux autour des fleurs, notamment les pesticides et l’origine des produits ?

    Nos adhérents sont plutôt proches du monde des jardiniers, et dans les jardins, on essaie généralement de se passer de pesticides. Sur la question des fleurs coupées, en revanche, je ne suis pas certaine que tout le monde ait une vision claire. 

    De mon côté, j’essaie de faire évoluer certaines pratiques, d’inculquer une autre manière de voir les choses, mais je dois reconnaître que les résultats sont limités. Il faudrait que des fleuristes, dans notre région, mettent davantage en valeur leurs productions locales, en magasin, en indiquant clairement la provenance des fleurs. C’est essentiel.

    Nous avons eu une jeune femme qui cultivait ses fleurs, mais elle ne savait pas valoriser sa production. Elle manquait de visibilité locale. On commence à le voir avec les maraîchers sur les marchés, mais pour la fleur, c’est plus compliqué. Une fleur ne se mange pas, ce n’est pas perçu comme une nécessité première, ça explique peut-être ce retard dans la prise de conscience.

    Connaissez-vous les producteurs de fleurs de votre région ?

    Non, très honnêtement, je ne connais pas les floriculteurs de notre région. C’est aussi un problème de visibilité. Je fais partie de la Société Nationale d’Horticulture de France, et certains collègues ont réalisé un annuaire des pépiniéristes, mais je ne crois pas qu’il existe d’équivalent pour les producteurs de fleurs. Aujourd’hui, les producteurs français manquent de visibilité.

    La situation des horticulteurs est délicate en France : beaucoup de professionnels partent à la retraite, sans transmission. C’est quelque chose que je regrette beaucoup. 

    Quelles sont les thématiques abordez-vous lors des conférences que vous organisez ?

    Nous abordons énormément de sujets, puisque notre focale concerne le végétal et la nature de manière générale. Pour vous donner quelques exemples, nous avons organisé des conférences sur des sujets variés comme les plantes envahissantes en Normandie, les rapports d’interdépendance entre les végétaux en forêt, les paysages dans l’art anglais, l’eau dans les jardins, les semences paysannes, l’amour des plantes, les images et les imaginaires…

    Tout ce qui touche à la nature nous intéresse. Il reste encore énormément de sujets à explorer !

    Vous accordez aussi une place importante aux artistes. Pourquoi ce lien entre art et horticulture ?

    Je trouvais que c’était intéressant de donner une place à l’art dans nos initiatives. J’ai notamment créé un atelier de dessin botanique, qui fonctionne très bien depuis septembre. L’idée est de permettre aux gens de s’exprimer face à une plante vivante, et d’en comprendre la composition.

    Le dessin botanique n’est pas du dessin artistique au sens classique : on réalise une planche scientifique, très précise, pour mieux comprendre la structure de la plante. C’est une autre manière d’observer le vivant.

    Par ailleurs, nous organisons aussi tous les deux ans une exposition de peinture, avec un thème lié à la nature. La fleur a toujours été très présente dans l’art, et la nature est souvent en arrière-plan des œuvres, même quand elle n’est pas le sujet principal.

    S’il y avait un sujet à aborder absolument cette année, lequel serait-ce ?

    A titre personnel, je souhaiterais que l’on s’intéresse davantage à la symbolique des fleurs. Ça m’intéresserait beaucoup qu’on en sache plus. Par la symbolique, on arrivera peut-être à rapprocher davantage les gens des fleurs, à les rattacher à leurs sentiments, à des moments de vie, parfois à la maladie, au souvenir.

    La symbolique peut être une porte d’entrée pour attiser la curiosité vers la culture de fleurs locales, vers une autre manière de regarder la fleur. Dans l’art, on voit bien que la fleur est omniprésente, même quand elle est simplement en arrière-plan.

    Un dernier mot pour conclure ?

    Nous avons des projets de mécénat en direction des écoles d’horticulture dont je voudrais dire un mot. Pendant trois ans, nous avons soutenu une école pour le concours du Meilleur Apprenti de France. Je suis convaincue que c’est par la transmission que l’on formera des horticulteurs qui sauront prendre la relève.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.