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05.01.26

"La fleur, c'est de la matière vivante", Mélanie fleuriste à Rennes

Mélanie, fleuriste fondatrice des Imparfaites à Cesson-Sévigné, propose des fleurs de saison, et essaie de privilégier au maximum les fleurs locales. Sessile l’a rencontrée pour évoquer le sens des fleurs, et tout comprendre de son engagement de professionnelle pour proposer des fleurs en adéquation avec les enjeux environnementaux.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et votre passion pour les fleurs ?

Je suis fleuriste depuis relativement peu de temps, un peu plus de deux ans. Je suis issue d’une reconversion professionnelle : avant, j’occupais un poste de commerciale. J’ai ressenti le besoin de changer, de faire un métier plus concret, plus créatif, et surtout plus en accord avec mes valeurs.

Je me suis formée, puis j’ai lancé Les Imparfaites, un atelier floral près de Rennes. Dès le départ, je savais que je ne voulais pas forcément d’une boutique avec pignon sur rue. J’ai fait le choix de travailler en atelier, avec une offre un peu différente : je fais beaucoup d’événementiel, des mariages, mais aussi la prise de commandes pour les occasions du quotidien et pour le deuil, notamment via Sessile.

Comment se sont passés les débuts ? Est-ce que l’activité fonctionne comme vous l’espériez ?

Oui, globalement ça se passe très bien. La première année a été intense : il y avait énormément de choses à mettre en place, que ce soit l’organisation, la communication ou la structuration de l’offre. Puis il y a eu un vrai coup d’accélérateur, et les efforts ont commencé à porter leurs fruits.

Très vite, je me suis rendu compte qu’il fallait être présente en ligne. J’ai investi dans un site internet, notamment pour le référencement, et j’ai aussi développé des partenariats avec des prestataires de mariage. Mais je cherchais quelque chose de plus récurrent, qui permette de montrer mon travail et de faciliter la prise de commandes. C’est dans ce cadre que j’ai contacté Sessile.

Ce qui est important pour moi, c’est la visibilité : être vue par un maximum de personnes, y compris des clients qui ne sont pas forcément de la région. Beaucoup de gens vivent loin de leurs proches, et le fait de pouvoir commander à distance permet de créer du lien, d’envoyer une attention.

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Quelles sont les grandes tendances que vous observez aujourd’hui ?

Dans mon travail, je vais naturellement vers des choses moins strictes, plus sauvages, plus naturelles. Je suis très attentive à la provenance des fleurs et à la saisonnalité. Je travaille avec ce qu’il y a à un instant donné, avec les fleurs du moment, et c’est vraiment ce que je prône.

Les clients commencent d’ailleurs à me demander explicitement des fleurs de saison, ce qui montre que le discours commence à porter ses fruits. Il y a une vraie appétence pour des compositions champêtres, un peu libres, pas trop figées.

Être installée autour de Rennes est un vrai atout : il y a beaucoup de fermes florales en Bretagne, ce qui permet de travailler en circuit court. Je fais partie du Collectif de la Fleur Française, qui encourage un cercle vertueux entre producteurs et fleuristes, et qui joue un rôle important de pédagogie auprès des clients.

L’engagement du collectif est d’avoir au moins 50 % de fleurs françaises. En été, c’est assez simple. En hiver, c’est plus compliqué : sinon, on se retrouve vite avec toujours les mêmes variétés. Dans ces cas-là, je me tourne plutôt vers des fleurs d’origine européenne.

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    Quelles sont aujourd’hui vos priorités ?

    Bien acheter ses fleurs, c’est vraiment le cœur du métier selon moi. Faire une belle sélection, avoir des fleurs que j’aime travailler, être attentive aux arrivages des producteurs… c’est essentiel.

    Avec les petits producteurs, on s’organise de plus en plus via des outils communs. Certains ont mis en place une plateforme où ils référencent leurs disponibilités à une date donnée dans la semaine. Je passe commande via cette plateforme et je vais chercher les fleurs deux fois par semaine. Il y a aussi de nouvelles solutions qui émergent, comme Kuupanda, qui facilitent ces échanges directs.

    C’est une organisation différente, mais beaucoup plus cohérente avec ma façon de travailler.

    Comment parlez-vous des fleurs avec vos clients ?

    J’aime beaucoup parler de la provenance : expliquer d’où elles viennent, où elles ont été cultivées. Comme je travaille en atelier, je n’ai pas toujours des échanges très longs avec les clients, notamment lors des livraisons. En revanche, avec les mariés, la relation est beaucoup plus approfondie, et là je peux leur expliquer ma vision plus en détail.

    On échange longuement sur l’ambiance qu’ils souhaitent, la palette de couleurs, les émotions qu’ils veulent transmettre. Les tendances jouent un rôle important, comme dans la mode. Certaines idées reviennent d’une année sur l’autre, puis disparaissent complètement.

    Pinterest et Instagram ont une énorme influence. Les images sont parfois très retravaillées, avec des fleurs qui ne vont pas du tout ensemble du point de vue de la saison. Les gens ne connaissent pas forcément les variétés disponibles. Mon rôle, c’est de m’inspirer des formes, des couleurs, de l’atmosphère, puis de traduire tout ça avec les fleurs du moment. En général, mes clients me font confiance, et c’est assez rare qu’ils me demandent une variété en particulier.

    Que pensez-vous du “langage des fleurs” ?

    Pour moi, le langage des fleurs tel qu’on l’entend n’existe plus vraiment. Il a existé à une époque, mais il s’est transformé au fil des années. Aujourd’hui, on garde surtout des symboles très forts, comme la rose rouge pour l’amour, mais globalement, ce sont plutôt les émotions et les couleurs qui parlent.

    Qu’est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction dans votre travail ?

    Quand un client me dit “c’est trop beau”. C’est une énorme récompense. Je me rends compte que j’ai bien fait les choses, que le message est passé.

    Avant, quand j’étais salariée, la validation venait surtout du manager, à travers des objectifs. Maintenant que je suis fleuriste, la reconnaissance vient directement des clients. Et franchement, c’est un vrai cadeau. Ça peut littéralement faire ma journée.

    Quelles sont aujourd’hui vos principales difficultés ?

    Pour l’événementiel, le plus compliqué, c’est la gestion des commandes de fleurs : avoir la bonne palette de couleurs, les bonnes quantités. Travailler avec des producteurs locaux, c’est beaucoup moins prévisible qu’un schéma classique : il y a la météo, les maladies, les aléas… Il faut savoir composer avec l’incertitude et rebondir rapidement.

    Sur la vente de bouquets, la difficulté principale, c’est la gestion des stocks : acheter la bonne quantité quantité, éviter les invendus, sans pour autant manquer de fleurs. C’est un équilibre à trouver en permanence.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux à propos des fleurs ?

    Que ce n’est pas un objet tout fait. Il y a des gens qui appellent en demandant un bouquet pour dans dix minutes. Ils ne se rendent pas toujours compte du travail en amont : la conception, le choix des fleurs, la réflexion sur les associations, tout cela prend du temps.

    La fleur, ce n’est pas un produit lambda. C’est de la matière vivante, qui demande du temps, de l’attention. Il faudrait plus d’anticipation, mais on est dans une société de l’immédiateté, et ça se ressent beaucoup.

    S’il y avait un sujet à mettre en avant cette année, lequel serait-ce ?

    La saisonnalité, sans hésiter. Il y a déjà eu des documentaires, des initiatives, mais il faut continuer à diffuser ce discours. La fleur n’est pas quelque chose de figé. Je ne travaille pas les mêmes fleurs en décembre qu’en juin, et c’est ce qui fait la beauté du métier de fleuriste.

    Ce ne sont pas des produits standardisés, mais de la matière vivante, qui évolue au fil des saisons. Redécouvrir ce que la nature offre à chaque période, accepter qu’une fleur disparaisse pour laisser place à une autre, c’est là toute la richesse du métier.

    Et c’est aussi ce qui est chouette quand on est client : ce côté unique, éphémère, jamais exactement le même d’un mois sur l’autre.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.