"Avec les fleurs, les possibilités de création sont infinies" Gilles Sonnet, fleuriste à Fontaine-lès-Dijon
Gilles Sonnet, fleuriste depuis 30 ans à Fontaine-lès-Dijon, livre pour Sessile sa vision du métier, de la création florale, et les nouvelles tendances. Selon lui, la demande en fleurs locales est une tendance de fond, bien partie pour s’inscrire dans la durée.
Bonjour Gilles, qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier de fleuriste ?
Ce qui m’a toujours plu, et ce depuis mes débuts, c’est que la matière première reste la même… mais que les possibilités de création sont infinies. On peut travailler une anémone de mille manières différentes. La création prend vraiment le dessus : c’est dans l’association des fleurs, des couleurs, des textures que tout se joue.
C’est un métier de création accessible, finalement assez simple dans son principe, mais extrêmement riche. De petits mélanges peuvent donner quelque chose de totalement nouveau à chaque fois. C’est cette liberté-là qui me passionne encore après toutes ces années.
Quelles sont aujourd’hui vos priorités et vos préoccupations ?
Ma priorité, c’est d’avoir une bonne équipe autour de moi, dans un environnement professionnel sain et stimulant. Les fleurs, elles, font le reste : elles sont belles, différentes, nouvelles tous les jours. On reçoit des arrivages quasi quotidiens – sauf le dimanche et le lundi – et à chaque fois, c’est un peu Noël !
Quand on défait les cartons, on ne sait jamais exactement ce qu’on va découvrir. Est-ce que la qualité sera au rendez-vous ? Est-ce que la fleur sera exceptionnelle ? Il y a toujours cette part de surprise. Et ce sont souvent les détails qui font toute la beauté du métier.
Nous avons aussi notre propre production. Partir d’une graine et arriver à composer un bouquet quelques semaines plus tard, c’est une vraie fierté pour moi, et ça illustre la puissance de la nature. Aujourd’hui, on produit environ 65 000 tiges, et nos clients y sont très sensibles. Le local, l’économie circulaire, ça parle énormément aux gens. Et même ceux qui ne sont pas spécialement sensibilisés trouvent ça sympa. Au final, ce qui compte, c’est la satisfaction des clients.
Qu’est-ce qui a le plus changé depuis vos débuts ?
Ça fait maintenant 30 ans que je fais ce métier. Le sujet du local et du bio, par exemple, est relativement récent : il a vraiment pris de l’ampleur ces cinq à dix dernières années.
La technique florale a aussi beaucoup évolué, notamment dans les manières d’assembler les fleurs ou dans l’utilisation – ou non – de la mousse florale. La mondialisation nous donne la possibilité d’offrir davantage de choix de variétés. Les fleurs voyagent avec les avions commerciaux, ce qui permet une diversité incroyable, sans que la planète s’en porte forcément plus mal si c’est bien maîtrisé. Mais ça, il faut réussir à l’expliquer aux consommateurs.
Les tendances, elles, fonctionnent un peu comme dans la mode. Il y a eu une époque où l’on faisait surtout des bouquets très ronds, très structurés. Aujourd’hui, on revient à des bouquets plus libres, plus champêtres. Il n’y a pas un grand styliste qui décide : ce sont plutôt de petits groupes, dans la mode ou le design, une énergie collective qui fait émerger les tendances.
La fleur séchée en est un bon exemple. Il y a 30 ans, ça ne se faisait plus du tout. Puis c’est revenu, porté par quelques comptes Instagram ou des maisons réputées comme Lachaume. En cinq ou six ans, on a vu exploser les mariages en fleurs séchées, comme si c’était une nouveauté absolue. Aujourd’hui, j’ai la sensation que l’engouement s’estompe : les fleurs séchées sont très statiques et ça prend la poussière.
La toute dernière tendance, c’est clairement le côté local, jardin, naturel. C’est dans toutes les bouches, notamment chez une clientèle urbaine et sensibilisée.
Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux à propos des fleurs ?
Avant tout, que la fleur est un produit vivant. Comme tout être vivant, elle peut être en forme ou malade, avoir ses humeurs, ses particularités. Ce n’est pas un produit manufacturé, figé, normé. Il n’y a pas de cahier des charges strict comme dans l’industrie.
Être fleuriste c’est de l’artisanat qui travaille un matériau vivant. Reproduire un bouquet en photo à l’identique est non seulement impossible, mais je ne pense pas que ce soit souhaitable non plus. Chaque artisan a sa touche, chaque magasin a ses propres approvisionnements, sa sensibilité. C’est ce qui fait la richesse du métier.
Comment parlez-vous des fleurs avec vos clients ?
Ce sont souvent nous, fleuristes, qui guidons les clients : on leur propose des couleurs, des ambiances, des fleurs, en fonction de ce qui est beau à l’instant T. “Profitez-en, c’est la saison”, c’est quelque chose qu’on dit beaucoup.
Je dirais que la saisonnalité est le premier facteur de décision. Les gens sont de plus en plus sensibles à ces notions, même si ce n’est pas encore parfait. On trouve des fraises à Noël dans tous les magasins, donc la confusion existe toujours. Mais c’est à nous d’être forts dans la proposition.
Dans ma boutique, la beauté de la fleur passe avant le prix. Le prix devient presque secondaire. Quand on pousse la porte d’un artisan fleuriste, on est prêt à mettre le prix pour quelque chose de beau et de bien fait, sinon on irait plutôt au supermarché. Et d’ailleurs, même la grande distribution peut parfois proposer de très belles fleurs, grâce à de bons fournisseurs.
La tendance au local est-elle durable selon vous ?
Je pense que oui. Ce n’est pas juste une mode passagère. Ça s’inscrit dans un mouvement générationnel. Aujourd’hui, dès la maternelle, on apprend à ne pas jeter son papier par terre, et on prépare les mentalités. À mon époque, on ne parlait pas d’écologie ou alors très peu.
Cette attention à l’environnement est beaucoup plus aiguë aujourd’hui, et elle touche tous les domaines, pas seulement la fleur. Les générations qui arrivent vont vouloir que ça dure, ça va faire partie des standards.
S’il y avait un sujet à aborder en priorité cette année, lequel serait-ce ?
Pour moi, il existe un sujet essentiel, ce sont les pesticides dans les fleurs ; je voudrais qu’on rétablisse une forme de vérité. Le scandale récent autour d’une jeune maman a, selon moi, été largement amplifié et relève en partie du coup de communication.
Ça fait plus de 30 ans que je travaille dans ce milieu, je n’ai jamais eu de problème de santé. En tant que président de fédération, j’ai interrogé beaucoup de professionnels, et aucun n’a signalé de cas similaire. J’ai même été formé par un ancien fleuriste qui avait la mauvaise habitude de manger des pétales de fleurs… sans jamais tomber malade.
Il faut évidemment rester vigilant, mais aussi éviter de diffuser des peurs infondées.
Un mot sur l’approvisionnement et la fleur locale ?
Les fleuristes ont besoin de plateformes de distribution. Tout le monde dit vouloir travailler des fleurs de saison et locales, mais le vrai problème, c’est la logistique. Récolter, stocker, distribuer… ça coûte cher et ça prend énormément de temps.
J’ai l’exemple d’une ferme florale locale, “L’Amandine”, qui cultive deux hectares de production, portée par une jeune femme très dynamique. Elle a dû transformer une partie de sa production en cosmétique, simplement parce que la distribution aux fleuristes lui prenait trop de temps.
Il faudrait un système de plateforme, un point de collecte, puis une distribution assurée. Mais les grands groupes de livraison ne sont pas adaptés aux petits volumes, aux fleurs non calibrées, sans emballage standardisé. Pourtant, ce sont des fleurs magnifiques, fragiles, qu’il faut manipuler avec soin.
La clé, elle est là : inventer une logistique adaptée pour que la fleur locale puisse réellement trouver sa place.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.