1. Accueil
  2.  / 
  3.  / 
  4. « Je suis fascinée par l’intelligence végétale », Catherine, fleuriste à Paris
27.11.25

"Je suis fascinée par l'intelligence végétale", Catherine, fleuriste à Paris

Au fait, c’est quoi le sens des fleurs ? Pourquoi on s’en offre ? Pourquoi c’est essentiel ? C’est pour répondre à ces questions que Sessile lance un grand projet de recherches avec des fleuristes, des producteurs, des consommateurs, des universitaires et des artistes.  Catherine, fleuriste à Paris, nous donne son témoignage !

Bonjour Catherine, est-ce que vous pouvez nous présenter les Pouces Verts ?

Bonjour, je suis Catherine et je suis fleuriste ; j’ai su très tôt que je voulais consacrer ma vie à ce métier, puisque toute petite je passais des heures à arpenter le jardin de mon grand-père. J’ai ouvert la boutique les Pouces Verts avec mon mari dans le 17e arrondissement de Paris. 

Et pour la petite histoire, je vais très bientôt recevoir le titre de maître artisan fleuriste : c’est une belle récompense pour toutes ces années de travail. 

Vous avez décidé de produire vous-mêmes une partie de vos fleurs ; pouvez-vous nous en dire plus ?

A partir du Covid, nous avons eu un déclic : nous nous sommes rendus compte qu’on était complètement dépendants de nos fournisseurs, et que sans eux il nous était impossible de travailler. On a donc réfléchi à la meilleure manière de s’approcher d’une forme d’autosuffisance, et l’idée nous est apparue naturellement : nous allions produire nous-mêmes une partie des fleurs que nous vendons. 

Nous avons lancé notre exploitation il y a deux ans, et cultivons désormais 400 m². Nous produisons du dahlia et de l’hortensia, et cette année, nous avons planté 800 bulbes de tulipes et de jonquilles.

Les journées doivent être courtes…

Oui c’est beaucoup d’investissement, mais mon mari et moi sommes très travailleurs, et notre objectif d’autosuffisance nous motive ! Entre la boutique et l’exploitation, autant vous dire que nos semaines sont bien remplies. 

Une grosse difficulté que nous avons rencontrée, c’est que nous n’étions éligibles à aucune aide : exploitation trop petite, volumes réduits… Je trouve ça dommage de ne pas accompagner les fleuristes qui ont envie de faire les choses différemment. 

Comment l’autosuffisance vous permet de mieux exercer votre métier ?

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que ça nous permet de travailler de manière indépendante, comme on l’entend. Et ça n’est pas un détail !

Ensuite ça nous permet de vendre les fleurs à des prix plus accessibles à notre clientèle : par exemple, plutôt que de vendre mes dahlias à 2 €, je peux les vendre à 1 €. 

Rejoignez-nous

Quel regard portez-vous sur la production française aujourd’hui ?

J’ai longtemps travaillé avec des producteurs d’Île-de-France, mais beaucoup ont dû mettre la clé sous la porte car il n’y avait pas eu de repreneurs. Ce sont des productions de 20 ans qui meurent faute de génération suivante.

Il faut dire les choses : c’est un métier très pénible, très lourd, qui demande une infrastructure immense — regardez en Hollande ! Là-bas, l’État soutient les producteurs. En France, on philosophe, et malheureusement les actions concrètes sont rarement au rendez-vous. Résultat : notre filière meurt à petit feu. 

Les derniers producteurs du Var vendent à des plateformes comme Monsieur Marguerite ou Aquarelle, qui absorbent tout. Et à Rungis, le hall des fleurs a été réduit de moitié. Aujourd’hui, on y trouve presque uniquement des grossistes hollandais.

On produit encore des fleurs en France comme des anémones ou des renoncules, mais le souci c’est qu’elles sont très chères. 

Pourquoi la fleur est essentielle selon vous ?

On vit entourés de fleurs depuis toujours : elles nous environnent de leur parfum, leur couleur, leur simple présence. Une personne en détresse qui voit des fleurs va mieux : sa présence est une façon de nous reconnecter avec la nature.

En plus, la fleur fait partie de notre histoire, et a toujours accompagné nos vies. Si on jette un œil en arrière, on se rend compte que les Egyptiens cultivaient déjà des fleurs pour les utiliser dans leurs rituels religieux. D’ailleurs, le métier de fleuriste est probablement l’un des plus vieux métiers du monde ! 

On a beaucoup débattu de savoir si elle était essentielle ou non, notamment pendant le Covid. Moi je suis persuadée qu’on en a besoin, pour leur valeur sociale et décorative évidemment, mais pas seulement. Les fleurs et les plantes nous ont permis de développer tous les médicaments que nous utilisons aujourd’hui.

Le problème de notre époque, c’est que comme on a industrialisé sa production, on lui a enlevé une partie de sa connotation, de sa symbolique.

En tout cas, le sujet semble vous passionner !

Evidemment et il y a de quoi ! Je suis vraiment fascinée par l’intelligence déployée par le végétal. Tiens, je vais vous prendre un exemple : est-ce que vous saviez que certaines graines pouvaient avoir plusieurs millions d’années ?

En effet, on a commencé à entreposer des graines à l’abri au cas où une catastrophe viendrait à survenir. Et c’est une bonne idée car de nombreuses graines ont la capacité de se mettre en hibernation intense, et de rester en vie sans germer. Cette capacité de résilience est extraordinaire. 

Il y a un autre phénomène que je trouve absolument fantastique : c’est l’amitié entre les plantes. Evidemment, elles ne poussent pas les unes indépendamment des autres, et communiquent abondamment entre elles. Par exemple, certaines espèces se protègent l’une et l’autre des ravageurs, ou au contraire attirent d’autres ravageurs pour manger les pucerons qui leur sont nuisibles.

Nous lançons un grand projet de recherches pour mieux comprendre le sens des fleurs ; qu’est-ce que ça vous évoque ?

Je trouve évidemment que c’est un sujet crucial. Comme je vous l’expliquais un peu plus tôt, nous avons perdu une partie de notre lien au végétal. On veut les fleurs, mais sans leur essence ! C’est ce que m’évoque par exemple le fait qu’on puisse acheter des fleurs artificielles. On a perdu de vue ce qui nous parlait dans la fleur. 

J’ai tendance à penser que c’est une des multiples conséquences de notre société de consommation. On veut du calibré, du sans défaut, du tout fait : notre époque veut tout lisser ! Moi, j’ai un stand rempli de fleurs qui sont toutes différentes et toutes magnifiques à leur manière, ça me plaît et ça plaît à mes clients.

Les fleurs me parlent parce qu’elles poussent seules, elles n’ont besoin de personne. Et pourtant elles donnent une beauté incroyable, tout en sachant qu’elles sont faites pour mourir.

Est-ce qu’il y a un sujet qui vous intéresserait en particulier dans l’étude de la fleur ?

La force de la fleur, justement. Sa nature profonde. Son autonomie, sa capacité à pousser seule, à communiquer, à attirer, à protéger. J’ai l’intuition que la fleur nous donne une leçon de vie : celle d’une lutte pour sa propre indépendance.

Pour le reste, on pourrait parler de milliers de choses : du rapport au vivant, des sols, des graines, de l’histoire… J’ai hâte !

Qui sommes nous ?

Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.