"Tout ce qui se fait collectivement va dans le bon sens", Nadège, fleuriste à Crac'h
Au fait, c’est quoi le sens des fleurs ? Pourquoi on s’en offre ? Pourquoi c’est essentiel ? C’est pour répondre à ces questions que Sessile lance un grand projet de recherches avec des fleuristes, des producteurs, des consommateurs, des universitaires et des artistes. Nadège, fleuriste à Crac’h dans le Morbihan, a répondu à nos questions.
Bonjour Nadège, comment ça se passe en boutique en ce moment ?
Très bien, même si en ce moment, c’est plutôt calme : mais cela risque de ne pas durer avec l’approche des fêtes de fin d’années ! La saison joue beaucoup, évidemment, et ici en Bretagne le rythme peut être très variable. Mais même dans ces périodes plus tranquilles, il y a toujours quelque chose à préparer, à ajuster, à penser. Quand on est fleuriste, on ne s’ennuie jamais !
Vous travaillez beaucoup avec des fleurs françaises. D’où vient cet engagement ?
Honnêtement, je n’ai jamais vu mon métier autrement. Pour moi, travailler avec des fleurs locales, ou au moins françaises, c’est logique. Ça amène des contraintes, c’est sûr — disponibilité, saisonnalité, prix… Mais je préfère composer avec ça plutôt que d’importer des fleurs coupées de l’autre bout du monde. Je cherche toujours des producteurs autour de moi pour offrir un maximum de fleurs locales à ma clientèle. D’ailleurs, je fais partie du collectif de la fleur française.
A ce sujet, j’aimerais évidemment qu’il y en ait davantage dans la région : il y a quelques fermes, des producteurs qui font les marchés, mais ils gardent une partie de leur production pour ça. Dans le Morbihan, le terrain est cher, parce qu’on est dans un secteur très touristique… Résultat, beaucoup de producteurs vont plutôt s’installer dans le 35 ou le 22, où la filière se remet bien en marche.
Est-ce que cette démarche locale parle à votre clientèle ?
Oui, et je communique énormément à ce sujet. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ce sujet. Ils comprennent mieux pourquoi je préfère une botte de renoncules bretonnes plutôt qu’une botte de roses du Kenya. Et puis il y a un vrai bonheur, pour moi comme pour eux, d’avoir accès à de jolies fleurs produites ici en Bretagne. On n’imagine pas toujours la qualité que l’on peut trouver à deux pas de chez nous.
Justement, certains fleuristes misent sur cette tendance du local. Quel regard portez-vous là-dessus ?
Oui, c’est vrai qu’il y a une tendance, presque une mode.
C’est pour ça que je suis engagée au sein du Collectif de la Fleur Française : ça aide à mieux comprendre ce qu’est réellement la saisonnalité. Aujourd’hui la plupart des consommateurs ont intégré le réflexe pour les fruits et légumes. Pour les fleurs, ça semble mettre un peu plus de temps, mais c’est le rôle des fleuristes de sensibiliser les clients et de montrer d’autres façons d’acheter des fleurs.
Par exemple, la rose reste très associée à l’amour, c’est culturel et ça ne date pas d’hier. Mais on peut aussi éduquer, orienter les consommateurs vers d’autres fleurs plus responsables, et qui correspondent davantage à la saison.
Nous lançons un grand projet de recherches pour mieux comprendre le sens des fleurs ; qu’est-ce que ça vous évoque ?
Je trouve la démarche super, et le sujet est très large ! Je pars du principe que tout ce qui se fait collectivement va dans le bon sens. Et si je peux aider, je le ferai volontiers. Je suis souvent la tête dans le travail, mais ça ne m’empêche pas d’avoir des idées ou des envies de nouveauté. Évaluer l’attente des consommateurs, réfléchir à comment on peut faire évoluer les mentalités… tout ça me parle.
Quels sujets vous intéresseraient en particulier ?
Il y en a beaucoup, c’est difficile de faire un choix ! Mais en y réfléchissant bien, je pense que ça serait intéressant d’étudier plus en détail la symbolique des fleurs, ce qu’elles représentent pour nous profondément. On en parle moins que du reste, alors que c’est passionnant. Ça pourrait aussi être une bonne idée de s’intéresser à l’histoire des fleurs ! Je pense qu’il y aurait beaucoup de choses à dire.
D’un point de vue plus pratique, j’aimerais aussi qu’on étudie la saisonnalité ! Ca pourrait vraiment permettre une prise de conscience chez les consommateurs et les aider à faire de meilleurs choix lorsqu’ils se rendent en boutique.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.