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08.01.26

"Quand je compose un bouquet, j’ai  l’impression de raconter une histoire" Laëtitia, fleuriste à Paris

Pourquoi les fleurs occupent-elles une place si essentielle dans notre quotidien ? Que cherchons nous à dire quand nous nous en offrons ? C’est pour commencer à répondre à cette question que nous avons rencontré Laëtitia, fleuriste dans le 19e arrondissement de Paris, qui évoque pour Sessile sa passion pour les fleurs et la mode. 

Votre passion pour les fleurs remonte à loin. Pouvez-vous nous raconter votre histoire ?

Pour moi les fleurs, c’est une histoire qui remonte à l’enfance. J’ai grandi avec une grand-mère qui adorait s’occuper de ses plantes, et en particulier de ses roses et de ses rosiers. Ça m’a profondément marquée, et ce souvenir m’a accompagnée toute ma vie. D’ailleurs, j’ai toujours avec moi une bouture de l’un de ses rosiers, qui m’accompagne partout : c’est un symbole très fort pour moi.

Avant de me lancer dans la fleur, je travaillais dans la mode. Puis j’ai ressenti le besoin de changer de terrain créatif. J’avais envie de quelque chose de plus manuel, de plus concret, tout en restant dans une démarche esthétique et créative. Et surtout, je voulais travailler de la meilleure façon possible, avec une vraie conscience écologique. C’est ce chemin-là qui m’a menée à la reconversion.

J’ai ouvert les portes de ma boutique, Fanfan Fleurs, à l’été 2025, mais la reconversion a commencé il y a plus de deux ans. J’ai d’abord travaillé sur des projets événementiels, avant qu’un lieu incroyable se libère. Les choses se sont faites de manière assez étonnante et très rapide. Aujourd’hui, Fanfan Fleurs est installé à dans le 19e arrondissement de Paris, à côté des Buttes-Chaumont, et je continue à construire le projet pas à pas.

Quelles sont les tendances de la fleur aujourd’hui ?

Avec ma clientèle, j’ai remarqué un vrai attrait pour des variétés étonnantes, graphiques, pas forcément des fleurs “classiques”. Il y a une vraie quête d’originalité, et les gens répondent très bien à ça.

J’observe un retour de fleurs très marquées années 70, comme les callas ou les anthuriums. Pendant longtemps, elles étaient considérées comme datées, et aujourd’hui elles reviennent en force. Je pense que c’est lié à leur esthétique très surprenante.

Pour les mariages, la grande tendance depuis deux ans, c’est le monochrome. On voit aussi revenir l’amarante, une fleur qu’on disait dépassée, mais qui fonctionne très bien dans ce contexte. Beaucoup de tendances viennent des États-Unis, et Pinterest joue un grand rôle dans la propagation de ces nouvelles façons de consommer la fleur. Les clients sont de plus en plus attirés par des propositions audacieuses, moins sages. On sort clairement du bouquet rond classique, au profit de compositions plus bohèmes, plus champêtres, plus libres.

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Vous dites souvent que “les fleurs racontent une histoire”. Qu’entendez-vous par là ?

On offre des fleurs pour mille raisons : pour faire plaisir à quelqu’un, pour se les offrir à soi-même, pour marquer un moment. Ce sont des objets très forts symboliquement, elles créent des souvenirs.

Quand je compose, j’ai vraiment l’impression de raconter une histoire. Je peux m’inspirer de la littérature, du cinéma. Il y avait un compte Instagram que j’adorais, Plein Soleil, où des fleuristes réinterprétaient des ambiances de films en compositions florales. Ce compte n’est plus actif aujourd’hui malheureusement, mais l’idée reste très inspirante.

On joue avec des codes visuels, avec des couleurs, des atmosphères. Le cinéma est une source incroyable : son iconographie, son universalité, sa capacité à évoquer des émotions fortes. Les fleurs permettent de traduire tout ça autrement.

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    Vous vous qualifiez de fleuriste éco-responsable, est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

    Mon engagement est assez simple à formuler, mais pas toujours évident à appliquer : respecter la saisonnalité. J’essaie de travailler au maximum avec des fleurs de saison, locales, voire hyper locales, en collaborant avec des fermes florales en Île-de-France.

    En été, ça ne pose pas trop de difficultés, et ça n’a pas forcément d’impact négatif sur les prix. Parfois même, acheter local peut coûter moins cher, selon les variétés et le moment de la saison. En revanche, il faut être honnête : ce n’est pas toujours possible à 100 %. Je pense qu’il ne faut pas se fouetter si on n’achète pas exclusivement du français, mais faire au maximum pour soutenir les producteurs locaux.

    Pour moi, l’engagement ne se limite pas à l’écologie. Il y a aussi une dimension humaine : qui cultive les fleurs que l’on achète ? Dans quelles conditions ? Comment les personnes sont-elles traitées ? On fait un beau métier, et la transparence sur le sourcing est essentielle.

    C’est une problématique que j’ai déjà rencontrée dans le textile, mais de manière encore plus marquée, car le produit y est beaucoup plus transformé.

    La question de la provenance des fleurs est-elle difficile à aborder avec les clients ?

    Oui, d’autant plus que la réalité, c’est que 9 fleurs sur 10 chez les fournisseurs sont importées. Il y a donc un vrai travail d’éducation à faire. Expliquer, par exemple, qu’il n’y a pas de pivoines en février. Le travail de fleuriste, c’est aussi de parler des cycles naturels, de la lenteur, de saisonnalité.

    Aujourd’hui, on est déconnectés de ces enjeux. Mais la pédagogie est un levier extrêmement puissant. Elle permet de rendre le produit plus précieux : quand on comprend qu’une fleur est fragile, qu’elle a un cycle, on en prend davantage soin.

    Il y a aussi la question de la santé. Quand on pense à une rose du Kenya, à son trajet, à sa durée de vie, à tout le transport, aux produits chimiques parfois utilisés pour la booster, y compris dans l’eau… on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. 

    Comment est-ce que vous vous approvisionnez en fleurs françaises ?

    Quand on débute, il y a une vraie opacité dans la transmission de l’information sur les producteurs. Dans le métier, ce n’est pas toujours simple de trouver les bons contacts. Certains fleuristes ne partagent pas forcément leurs “tips”, et il faut du temps pour identifier les producteurs avec lesquels on peut construire une relation de confiance.

    En région parisienne, je suis évidemment allée à Rungis pour rencontrer des personnes qui font de la fleur française, pour comprendre, pour échanger. Mais quand on est un petit commerce, on ne peut pas acheter en grandes quantités. Certains producteurs sont spécialisés sur une seule variété, et exigent un volume minimum à l’achat. C’est contraignant ! 

    Il y a aussi toute la question de la logistique. Les fleurs sont périssables, donc mutualiser certaines commandes entre plusieurs petits fleuristes pourrait être une vraie solution. Agréger leurs besoins, sans avoir les mêmes besoins d’un très grand fleuriste, ça permettrait de faciliter l’approvisionnement.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.