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08.01.26

"Il y a dans la fleur quelque chose d’universel" Mathilde, productrice de fleurs à Limoges

Médecin, Mathilde a eu envie d’autre chose, et a lancé avec son mari sa propre ferme florale à côté de Limoges, Hippolène. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous raconte sa passion pour les fleurs, son métier, et de fleurs françaises et durables !

Bonjour Mathilde ! Peux-tu nous dire d’où te vient ta passion pour les fleurs ?

Il y a clairement une dimension familiale derrière mon parcours. J’ai grandi entourée de gens qui aimaient les fleurs : ma mère, ma grand-mère, ma tante avaient toutes des jardins, et étaient de véritables passionnées. Quand on grandit dans cet environnement là, ça aide forcément à aimer les fleurs. On complimente les rosiers les unes des autres, on compare, on échange… À Isle, il y a même une association qui organise avec un concours du plus beau jardin de particulier ! 

La fleur n’a pas toujours été une “passion consciente” chez moi, mais elle a toujours été là. Et c’est surtout vrai quand on vit à la campagne : quand on a un jardin, la fleur fait partie du quotidien, presque naturellement.

Avec le recul, je me rends compte à quel point cette atmosphère a compté. Il y a un an, j’ai récupéré des milliers de photos de famille, et en les regardant, ça m’a frappée : sur toutes les photos où on voit ma mère, il y avait des fleurs partout. Dans les jardins, sur les tables, dans ses cheveux… C’était une tradition, une filiation. Ça m’a énormément émue, et ça m’a donné encore plus envie de faire ce métier.

Est-ce que c’est quelque chose que tu retrouves aussi chez tes clients ?

Tout le temps. Les clients arrivent très souvent chargés d’une histoire personnelle. “Moi, j’aime les hortensias, je viens de Bretagne”, “La lavande, ça me rappelle mon enfance”, “Un bouquet de dahlias, ça me fait penser au jardin de ma grand-mère”… Il y a presque toujours un souvenir profond et puissant derrière les fleurs qu’on aime.

Plus rarement, des gens me confient ne pas aimer les fleurs, mais qui en veulent quand même pour un mariage, parce que “c’est la tradition”, ce que je trouve intéressant aussi ! La fleur est très liée aux rites, aux moments importants de la vie.

Il y a dans la fleur quelque chose d’universel : une fleur, c’est toujours beau. Personne ne dit qu’une fleur est moche. Dans ma reconversion, j’avais besoin de produire quelque chose de beau, et la fleur répond parfaitement à ce besoin.

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Qu’est-ce qui te parle le plus dans le fait de produire des fleurs ?

Je me suis rendu compte que ce qui me plaisait le plus dans ce métier, c’était la créativité permanente. Que l’on soit fleuriste ou floriculteur, on crée sans cesse : on crée son entreprise, puis sa ferme, on cultive une parcelle puis une autre, on cultive une une fleur, on la récolte, on fait un bouquet… C’est une création perpétuelle !

Je crois que faire uniquement de la culture, sans cette dimension créative, m’ennuierait profondément. Enlever la créativité de ce métier, ce serait impossible pour moi, et sans la fleur, je n’aurais pas ce terrain d’expression là.

Je n’aurais par exemple pas pu être fleuriste “traditionnelle”, où l’on fait les mêmes bouquets avec les mêmes fleurs toute l’année, sans vraiment tenir compte des saisons. Le modèle Interflora, pour moi ça aurait été impossible : travailler avec les mêmes roses, les mêmes chrysanthèmes… Je trouve ça trop contraignant, trop standardisé, trop commercial au sens négatif du terme.

Il n’y a plus vraiment d’aspect créatif dans ces modèles là, pas de commandes enthousiasmantes, pas de lien fort avec la production. D’ailleurs, de plus en plus de fleuristes sortent de ces réseaux.

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    Quel rapport vos clients entretiennent-ils avec les fleurs que vous produisez ?

    J’ai la chance d’avoir des clients qui viennent justement me voir parce qu’ils partagent les valeurs que nous prônons chez Hipollène. Beaucoup me découvrent via Instagram, où l’aspect visuel est central. Ils sont fascinés par le beau, parfois avant même de réfléchir au reste.

    Ce sont souvent des clients fidèles, qui viennent parce qu’ils veulent une alternative à la fleur standardisée. Ils veulent offrir un bouquet, ou s’en offrir un à eux-mêmes, mais avec une démarche durable. 

    Quelles sont les priorités de tes clients quand ils achètent des fleurs ? De quoi te parlent-ils ?

    Quand on discute, les préoccupations qui reviennent sont presque toujours les mêmes. J’en vois principalement deux. La première est liée à l’usage de pesticides sur les fleurs, qui semble vraiment être un sujet pour mes clients, qui ont peur des effets que cela pourrait avoir sur leur santé. Evidemment, quand on achète un bouquet une fois par an et qu’on le laisse dans son salon, on ne risque rien, c’est l’exposition prolongée qui est problématique, et ce sont plutôt les professionnels qui y sont exposés. C’est la raison pour laquelle mon mari et moi travaillons sans pesticides. 

    A ce sujet, j’ai eu une expérience marquante avec une association de création florale d’Isle. Leur animatrice, une fleuriste, avait arrêté le métier parce que son mari, agriculteur bio, l’avait alertée sur certains enjeux de la filière. Elle m’a demandé d’intervenir pour leur livrer mon témoignage et leur dire ce que je pensais de la question. Certaines membres étaient choquées de découvrir la réalité des pesticides, parce que ce sont des sujets nouveaux pour elles. L’écologie, pour ce public, peut sembler lointaine. Mais je trouve ça précieux qu’elles s’y intéressent. 

    La seconde préoccupation, c’est la provenance ; j’ai l’impression que les clients sont de moins en moins friands de fleurs qui viennent de l’autre bout du monde. 

    Les mentalités ont profondément évolué, car la presse s’est très largement emparée de ces sujets, et a montré l’envers du décor de la fleur mondialisée, notamment par les reportages réguliers ou par la médiatisation de l’affaire Marivain. Je crois que ça a mené beaucoup de consommateurs à une véritable prise de conscience. La pédagogie est essentielle. Elle permet de conscientiser sans culpabiliser.

    Que leur expliquez-vous concrètement sur votre démarche ?

    Je leur parle de deux choses principales : le visuel, évidemment, et l’engagement. Les fleurs des champs, les bouquets champêtres… Beaucoup me disent que ça leur rappelle les bouquets qu’ils faisaient dans les fossés en se promenant.

    Le fait que je sois productrice joue aussi : l’étiquette “écolo” est plus facile à porter. Et puis il y a la tradition, notamment dans les mariages. Les gens ont besoin de fleurs. On a gardé beaucoup de traditions autour de la fleur, sans toujours savoir d’où elles viennent.

    Je suis convaincue que les fleurs font du bien. Les gens qui ne vont pas bien aiment avoir des fleurs chez eux. Il y a quelque chose d’énergétique, même si je n’arrive pas toujours à l’expliquer rationnellement.

    Comment travailles-tu avec les fleuristes autour de ta ferme ?

    Nous travaillons avec quelques fleuristes de Limoges à qui nous vendons nos fleurs, ce qui n’est pas suffisant pour assurer la rentabilité de l’exploitation, évidemment. C’est très compliqué : ils ne sont pas toujours disponibles au même moment, ce qui complique leur approvisionnement ! Par exemple, s’il faut en livrer un le lundi, l’autre le mardi, et ainsi de suite, ce n’est pas forcément adapté à une petite structure comme la nôtre. 

    De l’autre côté du spectre, je sais que ce n’est pas non plus simple pour les fleuristes. J’ai une amie fleuriste à Toulouse qui travaille avec 5 producteurs différents, et qui ne récoltent pas le même jour ; elle doit donc passer énormément de temps à effectuer les trajets pour aller les voir. 

    Chez Hipollène, on a essayé de mettre en place une plateforme de vente sur notre site internet, puisque mon mari était développeur. Mais mettre à jour le stock chaque dimanche, gérer les commandes… C’était extrêmement chronophage, et on n’a tout simplement pas le temps de nous occuper de tout ça. L’année prochaine, on ne vendra plus aux fleuristes en direct, parce que c’est trop compliqué.

    Ce dont on a besoin, c’est d’un outil ou d’un intermédiaire performant, indépendant de nous, qui fasse tampon entre producteurs et fleuristes. Un outil de mise en relation efficace, qui simplifie la logistique et respecte les contraintes de chacun. Un intermédiaire qui permette aux producteurs de produire, et aux fleuristes de créer, sans passer leur temps dans la voiture ou sur des tableurs.

    Aujourd’hui, il y a plein de producteurs et de fleuristes qui font des choses magnifiques, mais qui s’épuisent dans l’organisation. Si on arrivait à simplifier ça, on ferait déjà un grand pas.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.