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23.01.26

"Les fleuristes ne font pas ce métier pour l'argent, mais par passion" Sandrine, fleuriste à Roissy-en-Brie

Après une carrière dans la comptabilité, Sandrine a eu envie de beauté, de couleurs et d’émotions, et est devenue fleuriste, métier qu’elle avait connu dans sa jeunesse. Processus créatif, prix des fleurs, dimension artistique du métier… Sandrine évoque pour Sessile ce qui est essentiel pour elle.

Pouvez-vous nous raconter votre histoire avec les fleurs ?

J’ai commencé le métier de fleuriste assez tard, à 46 ans, même si les fleurs ont toujours fait partie de ma vie. Quand j’étais plus jeune, je travaillais avec un fleuriste sur les marchés. Je l’aidais à faire des bouquets, surtout pour les grosses fêtes comme la Saint-Valentin, la fête des mères ou le 1er mai. Ils m’avaient appris à gérer le rythme, le stress, les volumes. Avant de devenir fleuriste, j’étais comptable : c’était un métier qui m’épuisait complètement, je ne m’y retrouvais plus du tout. 

Quand j’ai décidé de me reconvertir, ça a été assez évident. J’ai passé mon CAP par correspondance et suivi plusieurs formations la même année. Ensuite, je me suis lancée ! Aujourd’hui encore, je travaille principalement sur les marchés et propose des prestations événementielles. J’avais une boutique à Serris, mais j’ai arrêté car les loyers étaient trop chers, ce n’était plus viable. Les marchés me correspondent davantage, c’est une façon différente d’exercer le métier.

Est-ce différent d’être fleuriste sur un marché ?

Oui, complètement. Sur les marchés, j’ai l’impression que ce que je vends, c’est davantage mon savoir-faire que les fleurs que je propose. Les clients viennent pour Sandrine. Ils savent que s’ils me donnent une envie, une couleur, une émotion, je vais leur faire un bouquet. C’est presque un spectacle, une animation. Il y a un vrai échange.

Avez-vous vu le métier évoluer depuis vos débuts ?

Oui, énormément. Avant, on prenait une fleur, on faisait un bouquet, point. Tout était très cadré. On faisait du bouquet rond ou du bouquet en hauteur, et c’était assez figé.

Aujourd’hui, on apprend plein de façons de faire différentes, il y a plus de liberté, et donc plus de créativité. On peut vraiment s’éclater, créer, proposer des choses variées. Notre façon de voir les fleurs et les bouquets a complètement changé.

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Quelles sont les grandes tendances que vous observez aujourd’hui ?

Clairement, les fleurs de saison. Les clients aiment les bouquets plus légers, plus vaporeux. Toute la beauté de la fleur est là, dans quelque chose de plus naturel.

La saisonnalité s’était un peu perdue, mais je trouve que ça revient. À Rungis, il y a de plus en plus de fleurs françaises proposées par les fournisseurs. Personnellement, ça devient un vrai critère pour moi, parce que les clients en font de plus en plus la demande. Même en hiver, on me demande beaucoup d’anémones françaises, et d’autres fleurs de saison.

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    Comment gérez-vous la question des roses, notamment à la Saint-Valentin ?

    La rose reste très demandée, évidemment. Mais en hiver, il faut proposer des alternatives.

    Quand un client me demande de la rose, j’essaie de raconter une autre histoire. J’explique que ce n’est pas forcément la rose qui symbolise l’amour, mais la couleur rouge ; donc on peut très bien exprimer ses sentiments avec d’autres variétés. Je montre des bouquets différents, je propose d’autres fleurs, d’autres associations.

    Il y a aussi la réalité des prix. À l’approche de la Saint-Valentin, la rose hollandaise peut tripler : on passe à 3,50 € à l’achat, parfois plus, ce qui nous oblige à vendre la rose entre 9 et 10 €. À côté de ça, une rose d’Équateur peut coûter 1,95 € pour une tige de 60 cm, ce qui permet de la vendre autour de 6 €. Ce sont des arbitrages qu’on est obligés de faire.

    Quelles sont vos principales préoccupations au quotidien ?

    Ma priorité, c’est de vendre de la qualité et de faire plaisir aux clients. Être à l’écoute, c’est essentiel. Je suis très créative, mais je pars toujours de la demande du client.

    Je pose beaucoup de questions : est-ce que le bouquet est pour un homme ou une femme, quelles couleurs la personne aime, quelle ambiance on veut transmettre. J’essaie de comprendre la personne à qui on offre le bouquet, sa joie de vivre, son énergie.

    Parfois, les clients arrivent avec des idées très arrêtées : « c’est ma femme, elle a 50 ans », point. Je discute avec eux, je propose autre chose, et ils repartent souvent avec un bouquet complètement différent de ce qu’ils avaient en tête… et ils sont ravis. Certains reviennent même me dire que j’avais raison et que le bouquet a eu beaucoup de succès, c’est une vraie satisfaction.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?

    J’aimerais que les gens comprennent que fleuriste, c’est un sacré métier. C’est un métier de passionnés. Beaucoup de personnes regardent les fleurs et disent que c’est cher, mais notre coût de revient n’est pas énorme, on ne roule pas sur l’or quand on est fleuriste.

    Les fleuristes ne font pas ce métier pour s’enrichir. On vit de notre passion, on fait comme on peut. Certains fleuristes font des choses magnifiques, leur travail touche à l’art, leurs bouquets sont de vrais tableaux. J’aimerais que les gens voient ça, qu’ils comprennent l’engagement derrière chaque bouquet, et le savoir-faire qu’il faut pour le réaliser.

    J’aimerais aussi qu’on arrête de penser que ce n’est pas bien parce qu’une fleur vient de Hollande qu’elle est forcément de mauvaise qualité : ce n’est pas aussi simple que ça, il faut introduire de la nuance dans les débats.

    Que pensez-vous des initiatives autour de la fleur française ?

    Je trouve que le Collectif de la Fleur Française fait un travail formidable. On devrait davantage s’y intéresser. Personnellement, j’ai envie de faire appel à eux pour en apprendre plus sur la fleur française, parce qu’on n’est pas toujours au courant de tout.

    Je pense qu’il faut vraiment développer les réseaux qui mettent en avant la production locale.

    Que penseriez-vous d’une plateforme qui mettrait en relation fleuristes et producteurs locaux ?

    Ce serait top. À Rungis, les producteurs sont présents jusqu’en octobre, avec la fin des dahlias, mais on manque de lien direct avec eux. On aimerait pouvoir mieux les connaître, savoir qui est autour de nous.

    Ce manque de lien direct entre fleuristes et producteurs peut parfois conduire à des aberrations. Ce qui m’horripile, par exemple, c’est d’entendre que le muguet produit en France part en Hollande… pour revenir ensuite chez nous. Les fournisseurs achètent le muguet en Hollande, alors qu’il est produit ici. C’est un truc de dingue !

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.