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16.01.26

"Il faut revenir à la fleur de saison" Rémy, fleuriste et horticulteur de formation

Cette semaine, nous avons pu échanger avec Rémy, horticulteur de formation et fleuriste. Ayant approché le végétal en tant que producteur, fleuriste, et responsable des espaces verts en collectivité territoriale, il nous livre son regard sur le marché de la fleur aujourd’hui.

Votre passion, votre histoire : quel a été votre parcours dans le végétal ?

Je m’appelle Rémy et je suis horticulteur de formation. J’ai suivi une licence en gestion de la santé des plantes à Angers, puis une formation de fleuriste. Très tôt, j’ai été attiré par la dimension scientifique et agronomique du végétal : j’ai travaillé en production, notamment sur des projets de recherche variétale, aussi bien sur les légumes que sur les arbres fruitiers, dans un esprit proche de celui de l’INRAE.

J’ai ensuite travaillé chez une entreprise qui s’appelait Agricool, qui réhabilitait des containers maritimes pour produire des fraises en aéroponie, donc sans substrat. On cultivait toute l’année, avec de la climatisation l’été et du chauffage l’hiver. On utilisait des engrais chimiques, parce que le système générait trop de bactéries, mais aucun produit phytosanitaire : tout reposait sur la lutte biologique, avec des insectes auxiliaires, des acariens, des champignons, et des bourdons pour la pollinisation.

C’était très formateur, mais aussi très révélateur des paradoxes de certains modèles innovants.

Vous avez aussi exercé comme fleuriste en boutique. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

J’ai été fleuriste en boutique à La Garenne-Colombes, dans une structure assez importante, rattachée au réseau Carrément Fleurs. C’était une façon de travailler très particulière. Il fallait faire du chiffre, atteindre des objectifs, parler panier moyen, cartes de fidélité… La fleur devenait presque un prétexte.

Ça m’a beaucoup détaché de l’essence du métier. On était loin de la création, loin du végétal. Heureusement, dans la boutique où je travaillais, il y avait aussi un vrai temps d’échange avec les clients : fidélisation, conseil, discussion. Et ça, c’était précieux.

J’ai toujours eu une expertise en plantes, je suis diplômé en reconnaissance des végétaux, et ça a toujours beaucoup plu aux clients. Ils aimaient discuter, comprendre, apprendre. C’est là que je me suis rendu compte à quel point la transmission faisait partie intégrante du métier.

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Votre parcours vous a ensuite mené vers les collectivités…

Oui. J’ai été responsable du fleurissement dans une grande ville d’Île-de-France, puis aujourd’hui je suis responsable des espaces verts dans une collectivité en région rennaise. Je m’occupe du fleurissement annuel, de la création de nouveaux massifs, de la gestion des espaces publics.

Ce n’est plus le même rapport au végétal, ni au public. Dans les collectivités, on est très exposé : dès qu’une branche dépasse, dès qu’un espace est jugé “pas assez propre”, on est critiqué. Quand on essaie de laisser plus de place au vivant, à des formes plus naturelles, ça ne fait pas toujours l’unanimité.

À l’inverse, le métier de fleuriste est très différent : on est présent dans tous les moments de la vie, les plus beaux comme les plus difficiles. Mariages, naissances, deuils… On accompagne les gens dans des moments chargés d’émotion. Les barrières tombent, les gens sont plus vrais. Et la fleur apaise, un peu. C’est une forme d’empathie très forte.

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    Vous avez quitté la boutique, mais vous envisagez de revenir au métier de fleuriste ?

    Oui. La boutique où je travaillais a fermé, et comme souvent, ce sont “les choses de la vie” qui ont provoqué cette réorientation. Aujourd’hui, j’ai envie de me réinstaller à mon compte en tant que fleuriste.

    C’est un métier contraignant, bien sûr, mais je retrouve plus de bénéfices que de contraintes. Le rapport au végétal, le rapport à la clientèle, le sens… tout cela me convient profondément. C’est un métier exigeant, mais humainement très riche.

    Pensez-vous que le métier de fleuriste souffre d’une image faussée ?

    Complètement. Les gens ont souvent une vision idéalisée du métier : on imagine le fleuriste nez dans ses fleurs, dans un univers doux et agréable. On ne voit pas le froid, la manutention, les horaires, la pression économique. Pourtant, c’est un métier très exigeant.

    Et paradoxalement, c’est aussi un métier glamour, notamment en France où l’on possède un savoir-faire floral incroyable. On a d’excellentes écoles, des CAP, des BP, des Meilleurs Ouvriers de France. À l’étranger, la fleuristerie française est reconnue, notamment pour son lien avec la mode, l’esthétique, la création.

    Mais au quotidien, on n’est peut-être pas mis assez en avant. On trouve des fleurs en grande surface, et ça contente beaucoup de gens. Il en faut pour tous les goûts, bien sûr, mais il faut aussi redonner de la valeur à ce métier du quotidien.

    Quel regard portez-vous sur le marché de la fleur aujourd’hui ?

    On est exactement dans la même problématique que pour les fruits et légumes : il faut revenir à la fleur de saison. C’est un discours qu’on entend chez beaucoup de fleuristes aujourd’hui, et à juste titre. Une fleur est belle quand elle est de saison. Hors saison, elle est souvent moins qualitative, moins expressive.

    Et surtout, la fleur de saison peut être produite localement. Le problème, c’est que la production est un maillon très fragile de la filière. Beaucoup de structures sont anciennes, sans reprise derrière. Je l’ai vu de mes propres yeux en tant qu’horticulteur : faute de repreneurs, faute de reconnaissance, beaucoup ont disparu. En Bretagne, par exemple, énormément de producteurs n’étaient plus compétitifs.

    La filière est en souffrance, et la production est toujours reléguée au second plan. On met beaucoup en avant les paysagistes, parce que c’est vendeur, il y a un diplôme d’État, ça rassure – mais on parle peu des producteurs. À l’inverse, dans la cuisine, on valorise les métiers de bouche depuis vingt ans, notamment grâce aux émissions de télévision. On montre le savoir-faire, le travail, la passion.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.