« Produire des fleurs, c’est un métier. Faire des bouquets, c’en est un autre. » Vivien, maraîcher et floriculteur
À la ferme Basse-cour et Courtois, près de Montpellier, Vivien est avant tout maraîcher. En 2026, il a intégré la production de fleurs coupées à son activité, avec une approche pragmatique et engagée. Entre enjeux économiques, structuration de la filière et réflexion sur le rôle de chacun, il défend une vision lucide du métier.
Bonjour Vivien, peux-tu nous raconter ton parcours ?
Je ne viens pas du tout du monde agricole à la base. J’étais régisseur de tournée dans le cirque. J’ai repris une exploitation maraîchère et arboricole en bio fin 2018, dans le cadre d’une reconversion professionnelle.
Aujourd’hui, ça fait huit ans que je fais du maraîchage et du fruit, c’est mon activité principale. L’atelier de fleurs coupées se concrétise cette année après plusieurs années de test et de réflexions, pour compléter l’activité.
Le maraîchage, c’est quelque chose de vital : on est obligés de manger. La fleur, ce n’est pas vital, mais c’est important, ça donne le sourire. J’y retrouve une notion du beau que j’avais déjà dans le spectacle.
Comment es-tu venu à la production de fleurs ?
J’aime les fleurs depuis toujours, et j’ai côtoyé une fleuriste et ça m’a fait prendre conscience que la création florale était un art. Mais ça m’a aussi permis de comprendre qu’il y avait deux métiers distincts.
Moi, je souhaite produire des fleurs, mais je ne ferai pas de bouquets. Les fleuristes ont un savoir-faire spécifique, une exigence. Produire des fleurs, c’est un métier. Faire des bouquets, c’en est un autre.
Je suis retourné en formation pour me remettre à niveau sur les spécificités de la fleur, notamment sur les aspects techniques : quand récolter, comment gérer les cultures. Le reste, c’est mon quotidien de maraîcher donc je maîtrise.
Quelles sont les spécificités de la production de fleurs par rapport au maraîchage ?
La fleur demande moins de surface et moins d’eau, ce qui est important ici dans le sud. En revanche, il y a beaucoup plus de travail humain et moins de mécanisation.
En maraîchage, on est souvent sur des surfaces plus grandes avec des outils comme le tracteur. Avec la fleur, tout est plus petit, plus précis.
On peut générer du chiffre d’affaires sur des surfaces réduites, mais ce n’est pas simple pour autant. C’est un travail exigeant.
Qu’est-ce qui te semble difficile dans le fait de vendre des fleurs ?
La difficulté principale, c’est le prix. Les fleuristes ont des contraintes économiques et doivent faire leurs marges. Mais parfois, les prix proposés ne correspondent pas à notre réalité de producteurs.
Par exemple, vendre une tige à 30 ou 40 centimes, ce n’est pas viable pour nous, surtout dans le sud. C’est un énorme travail de convaincre les fleuristes, c’est pour ça que j’ai déjà trouvé un intermédiaire qui connaît bien les fleuristes de la région.
Comment envisages-tu la relation entre producteurs et fleuristes ?
Il y a un vrai sujet d’organisation de la filière.
Aujourd’hui, beaucoup de fermes florales font aussi de la composition. Pour moi, ce sont deux métiers différents. Si chacun restait dans son rôle, ce serait plus simple.
Le problème, c’est qu’on manque de structuration. Le réseau est essentiel. Si on veut défendre la fleur française, il faut s’organiser collectivement, comme le fait le « Collectif de la Fleur Française » ou les « Fermes florales bio » par exemple.
Les producteurs sont-ils accompagnés dans leur activité par des structures syndicales ?
Très peu. Il y a un vrai manque d’accompagnement.
Quand on regarde les financements, le maraîchage, l’arboriculture et la fleur représentent une part très faible des financements de la PAC, ce qui explique le désintérêt pour ces secteurs.
Les formations sont aussi problématiques : elles manquent souvent de contenu technique et sont mal adaptées aux gens qui travaillent déjà. On perd beaucoup de temps.
Pourquoi avoir intégré la fleur à ton activité ?
C’est très complémentaire dans le planning de culture. Une fois que c’est intégré dans le plan de culture, ça fonctionne.
Et puis j’aime ça. Produire des fleurs, c’est un vrai plaisir.
Comment abordes-tu la question environnementale ?
C’est une question centrale dans ma démarche, puisque je suis en culture AB depuis 8 ans pour le maraîchage et l’arboriculture ; je fais par ailleurs partie des Shifters, un groupe de réflexion autour de la décarbonation et des énergies.
Il faut être clair : quand on produit de la fleur coupée, on est dans un agrosystème, pas dans un écosystème ; je tiens beaucoup à faire la distinction. Même en bio, on reste des producteurs, avec une logique de production et d’exploitation.
Ensuite, on peut essayer de faire les choses proprement : planter des haies, réfléchir à la biodiversité, limiter les impacts. Mais il ne faut pas idéaliser.
Penses-tu que la relocalisation de la production florale est possible ?
Oui, il faut commencer à un moment donné. Si personne ne s’y met, il ne se passera rien.
Le contexte énergétique va de toute façon pousser dans ce sens. Plus le transport coûtera cher, plus le local deviendra pertinent, voire indispensable. Produire localement, c’est aussi une manière d’anticiper. Je pense sincèrement qu’on est l’avenir de la production de fleurs.
Un dernier mot ?
Je pense que nous, les floriculteurs français et les fleuristes impliqués, sommes en train de poser les bases de quelque chose. Même si on est encore peu nombreux, il faut y aller.
Produire des fleurs, j’adore ça. Et je suis convaincu que ça a du sens pour l’avenir.
Les punchlines de l’interview
Art floral
J’aime les fleurs depuis toujours, et j’ai côtoyé une fleuriste et ça m’a fait prendre conscience que la création florale était un art. Mais ça m’a aussi permis de comprendre qu’il y avait deux métiers distincts.
Production
La fleur demande moins de surface et moins d’eau, ce qui est important ici dans le sud. En revanche, il y a beaucoup plus de travail humain et moins de mécanisation.
En maraîchage, on est souvent sur des surfaces plus grandes avec des outils comme le tracteur. Avec la fleur, tout est plus petit, plus précis.
Développement durable
C’est une question centrale dans ma démarche, puisque je suis en culture AB depuis 8 ans pour le maraîchage et l’arboriculture ; je fais par ailleurs partie des Shifters, un groupe de réflexion autour de la décarbonation et des énergies.
Il faut être clair : quand on produit de la fleur coupée, on est dans un agrosystème, pas dans un écosystème ; je tiens beaucoup à faire la distinction. Même en bio, on reste des producteurs, avec une logique de production et d’exploitation.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.