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12.04.26

« La fleur française a un bel avenir devant elle » Hélène, productrice de fleurs à la Fée Fleurette

Après dix ans comme fleuriste, Hélène a choisi de devenir productrice de fleurs en Mayenne. Une reconversion progressive, faite d’expérimentations et de tâtonnements, qui lui permet aujourd’hui de travailler en partenariat étroit avec les fleuristes de son territoire. Entre contraintes techniques, défis logistiques et émergence d’une nouvelle génération de fermes florales, elle nous raconte les réalités d’un métier encore en construction.

Bonjour Hélène, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je n’ai pas du tout une formation horticole ou floricole. À l’origine, j’ai une licence d’Arts.  Par la suite, je suis devenue fleuriste autodidacte un peu par hasard et j’ai exercé ce métier pendant dix ans. En 2019, j’ai eu l’opportunité de vendre ma boutique. À ce moment-là, je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire ensuite.

Mon mari est agriculteur, et les fleurs me manquaient trop. J’ai commencé à tester la production florale pour voir si j’en étais capable. Produire des fleurs, ce n’est pas forcément évident. Il y a toute la partie technique, mais aussi tout ce qui vient après : la logistique, l’acheminement des fleurs… c’est un vrai défi.

La ferme s’est construite progressivement. Il y a eu quatre ans de préparation, et j’ai fait ma première vraie saison il y a un an.

Comment fonctionne ton modèle aujourd’hui ?

Pour commencer, je travaille en bio : je ne suis pas labellisée, mais je pense me convertir. Ici, pas d’intrants ou de phytosanitaires chimiques ! 

Je travaille uniquement avec des fleuristes et des grossistes. Il y a un vrai engouement pour les fleurs locales, ce qui est une très bonne chose : j’ai même du mal à répondre favorablement à de nouvelles demandes.

J’ai donc choisi de privilégier les fleuristes avec qui je travaille depuis le début. Je préfère refuser de nouveaux clients plutôt que de ne pas pouvoir servir correctement ceux qui me font confiance. Je considère vraiment les fleuristes comme des partenaires. Nous avons agrandi notre surface de culture pour cette nouvelle saison. 

Avec certains fleuristes, on fonctionne un peu comme une AMAP. Ils me donnent leur budget, et je leur compose une sélection de fleurs variées. Ils ne savent pas exactement ce qu’il y aura dedans. De mon côté ça me facilite vraiment les choses ; pour les fleuristes, c’est une façon de faire parler leur créativité, et d’avoir un bel étal de fleurs locales.

Il faut accepter qu’avec la fleur locale, il y ait des imprévus. Une partie de mes cultures sont en plein champ, donc je suis totalement dépendante de la météo. Une culture peut être abîmée du jour au lendemain ! Ca n’arrive pas souvent, mais il faut l’avoir en tête. C’est pour cette raison que nous avons 2 nouveaux tunnels depuis février.

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Comment s’organisent les relations entre producteurs ?

La filière prend de l’ampleur, et on se rencontre beaucoup entre floriculteurs. L’une de nos problématiques, c’est que beaucoup de floriculteurs manquent d’une formation technique. Aujourd’hui, il n’existe pas vraiment de formation spécifique aux fermes florales. Pour répondre à cet enjeu, on organise des groupes de travail pour échanger sur les techniques de production, et nous regrouper nous permet aussi de nous faire entendre. 

Beaucoup de personnes s’installent dans ce métier, mais c’est un métier très exigeant. Il peut apporter énormément de joie, mais il peut aussi être très ingrat. Par exemple, cette année j’ai perdu trois quarts de ma production de renoncules et d’anémones à cause de l’humidité. Mais comme je ne veux pas traiter, j’ai tout perdu. La question qu’on se pose souvent, c’est : jusqu’où peut-on aller sans traiter ? Les variétés trop sensibles seront écartées de ma production, mais il y a tant de fleurs qu’on a le choix !

On a vraiment besoin d’outils techniques pour que les fermes florales puissent être efficaces et rentables. Depuis la saison dernière, j’ai embauché Jeanne (ma soeurette !) ; l’objectif est de pérenniser son poste.

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    La logistique est-elle un frein pour les producteurs ?

    Oui, c’est un vrai sujet. Personnellement, je n’ai pas le temps de faire les livraisons. Heureusement, en Mayenne, on bénéficie d’un service expérimental avec La Poste qui s’appelle Logissimo. Ils viennent récupérer les fleurs tous les matins à la ferme et les livrent directement chez les fleuristes, dans des bacs d’eau pour éviter d’abîmer les fleurs. 

    À un moment, La Poste voulait supprimer ce service parce qu’il n’était pas rentable. Mais les producteurs du département et Hélène Taquet, présidente du Collectif de la Fleur française, se sont mobilisés pour demander son maintien, et ont obtenu gain de cause. Aujourd’hui, ils envisagent même de l’étendre à d’autres territoires.

    On a aussi développé une solution avec un transporteur de produits de la mer qui passe près de chez nous. Les camions remontaient à vide de la Gravelle jusqu’à Cancale : maintenant ils transportent aussi des fleurs qu’on produit pour aller livrer certain des fleuristes avec lesquels on travaille sur Rennes et Cancale.

    Je vais davantage travailler avec un grossiste, ce qui me permettra d’avoir de la régularité, même si un grossiste par définition préfère les gros volumes, ce qui peut être compliqué. J’ai donc adapté la production et installé un nouveau tunnel pour cultiver plus de fleurs afin de satisfaire sortir du volume. Les grossistes sont ouverts à travailler avec de la fleur locale, puisqu’il y a de la demande. A nous, producteurs, d’être réguliers capables de proposer de la quantité !

    Crois-tu à une relocalisation de la production en France ?

    J’ai tendance à penser que c’est parti pour durer. Avec tout ce qui a été médiatisé ces dernières années, les consommateurs se posent davantage de questions et souhaitent privilégier les fleurs françaises. Quand je discute avec les fleuristes, je vois bien qu’ils sont de plus en plus sensibles à ça.

    Après je baigne dedans, donc j’ai peut-être un biais. Je crois que les consommateurs vont continuer à prendre conscience de ces enjeux. 

    Les pesticides sont-ils un sujet dans la filière ?

    Oui, c’est un grand sujet. Pendant longtemps, on ne se posait pas vraiment la question parce que les fleurs ne sont pas consommées comme les légumes. On les pose sur la table, mais on ne les mange pas. Aujourd’hui, les choses évoluent.

    Après, je constate qu’il existe encore une confusion chez les consommateurs comme chez les fleuristes entre fleurs françaises et fleurs bio. Ce qui est sûr, c’est qu’en France, l’usage de pesticides est beaucoup plus encadré que dans le reste de l’Europe et dans le monde. 

    Il faut aussi garder une vision nuancée dans la distinction entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique. Cela peut être clivant : on a parfois l’impression que d’un côté tout serait parfait et de l’autre tout serait mauvais. La réalité est plus complexe, et on trouve des agriculteurs conventionnels qui ont des pratiques vertueuses. L’essentiel, c’est de rester dans l’échange. Il y a du bon à prendre des deux côtés.

    Par exemple, cela fait 7 ans que mon mari n’utilise pas d’insecticides, sur les cultures, et cette année, il va se passer des fongicides, qu’il remplace par des biostimulants naturels. Et ça fonctionne !  

    Pourquoi, selon toi, offre-t-on des fleurs ?

    On n’en a pas tous les jours, donc quand on en reçoit, ça fait plaisir. Ça apporte du frais, de la couleur, du vivant. Et puis les fleurs accompagnent tous les moments de la vie : une naissance, un décès, un anniversaire.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?

    J’aimerais que les gens comprennent qu’une fleur a une histoire avant d’arriver dans un bouquet. Cultiver des fleurs, ce n’est pas si simple. Il y a beaucoup de travail derrière.

    Je voudrais aussi que les clients soient plus sensibles à l’origine des fleurs qu’ils achètent. La provenance est importante : d’où viennent les fleurs, comment ont-elles été cultivées ? A ce propos, j’imagine ouvrir les portes de la ferme florale au grand public pour des visites de la ferme et des cueillettes, qui se concluront par des ateliers de confection florale animé par des fleuristes avec lesquels je travaille.,

    Et puis il y a la saisonnalité. Par exemple, la rose rouge à la Saint-Valentin, c’est dommage. Il existe plein d’autres fleurs magnifiques à cette période ! 

    Un dernier mot pour conclure ?

    Je suis très heureuse de pratiquer ce métier et je pense que la fleur française a un bel avenir devant elle ! Je voudrais aussi remercier les fleuristes partenaires qui me font confiance et qui m’aident chaque année à faire évoluer mon offre.

    Les punchlines de l’interview

    Agriculture biologique 

    Pour commencer, je travaille en bio : je ne suis pas labellisée, mais je pense me convertir. Ici, pas d’intrants ou de phytosanitaires chimiques ! 

    Production française

    On a vraiment besoin d’outils techniques pour que les fermes florales puissent être efficaces et rentables.

    Origine des fleurs

    Je voudrais aussi que les clients soient plus sensibles à l’origine des fleurs qu’ils achètent. La provenance est importante : d’où viennent les fleurs, comment ont-elles été cultivées ?

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.