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12.03.26

« Les fleuristes nous disent qu’ils aimeraient travailler davantage avec des fermes florales » Pauline, productrice

Après une carrière dans la recherche agricole, Pauline a eu envie de revenir sur le terrain : elle a donc décidé d’installer sa ferme florale en Alsace avec Laurence et Adrien : Bluema. Elle nous raconte son parcours et les spécificités de l’agriculture biologique.

Bonjour Pauline, quelles sont les nouvelles en ce moment ?

Le printemps arrive enfin, même si la météo n’a pas été simple ces dernières semaines. Il a fait assez froid et humide, ce qui complique toujours un peu le démarrage de la saison. Mais malgré ces conditions, les plantations avancent bien. Nous avons notamment réalisé une belle implantation de rosiers cette année.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Je viens du monde de la recherche agricole. J’étais chercheuse en agriculture tropicale, avec un parcours très académique. Mais je suis aussi issue d’un milieu agricole : mes grands-parents étaient paysans tout comme mes parents, qui étaient vignerons. Ma grand-mère avait une activité assez originale puisqu’elle produisait aussi des semences florales qu’elle revendait à des entreprises hollandaises.

À un moment donné, j’ai ressenti le besoin de passer de la recherche au terrain. J’avais envie d’être davantage dans le faire que dans le dire.

À l’époque, nous vivions dans la Drôme, une région où l’on croise beaucoup de projets agricoles alternatifs : des paysans-boulangers, des paysans-brasseurs… Un jour, je suis passée devant un champ de tournesols et je me suis demandé comment on produisait des fleurs. J’ai commencé à remonter le fil, à me renseigner sur la floriculture.

La fleur m’a tout de suite attirée parce que c’est une production moins utilitaire que d’autres cultures. Il y a une dimension créative et artistique très forte. Je suis quelqu’un de très sensible aux couleurs, au design, aux compositions. Tout cela m’a immédiatement parlé. J’ai eu envie d’essayer, et les choses se sont mises en place assez rapidement.

Quelques années plus tard, mon mari et moi souhaitions revenir en Alsace. Au même moment, une productrice, Laurence, cherchait une associée pour reprendre la ferme familiale. Presque simultanément, Adrien a aussi pris contact. Lorsque j’ai visité le site, j’ai tout de suite compris que je ne pourrais pas porter seule la partie production. Nous avons donc décidé de nous lancer à trois.

La ferme Bluema est née officiellement le 1er janvier 2024.

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Comment organisez-vous votre production ?

Nous cultivons aujourd’hui une soixantaine de variétés différentes. On cultive notamment des rosiers, des alstroemères, beaucoup de dahlias, mais aussi des œillets, des nigelles, des lisianthus ou encore des zinnias ; et donc depuis cette année des rosiers !

Nous travaillons en agriculture biologique. Cela demande beaucoup d’attention, surtout avec certaines espèces comme la rose, qui est une fleur particulièrement fragile. 

Nous avons fait le choix de cultiver nos rosiers en extérieur, sans serre chauffée. Pour favoriser l’équilibre biologique : nous alternons les rosiers avec des vivaces comme l’eucalyptus, la gypsophile ou l’hypericum. Les roses que nous cultivons sont des roses de jardin allemandes, des variétés très particulières qui ressemblent un peu à des pivoines. 

Les rosiers nous permettent de combler une période un peu creuse dans la saison florale : fin mai, lorsque les fleurs de printemps disparaissent mais que les fleurs estivales ne sont pas encore pleinement arrivées. 

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    Travaillez-vous avec les fleuristes ?

    Oui, et c’est un axe central de notre modèle économique : environ 50 % de notre chiffre d’affaires provient des fleuristes.

    Notre taille de production nous permet d’atteindre des volumes intéressants pour eux. Beaucoup de fleuristes nous expliquent qu’ils aimeraient travailler davantage avec des fermes florales, mais que les volumes proposés sont souvent trop faibles. Pouvoir leur fournir plusieurs seaux de fleurs à la fois leur permet déjà de constituer une base solide pour leurs bouquets en fleurs françaises.

    Nous travaillons en étroite collaboration avec eux. Chaque année en mars, nous organisons une journée d’échange à la ferme : une quarantaine de fleuristes viennent discuter avec nous de la saison à venir, ce qui leur permet de nous faire des suggestions, et surtout de mieux comprendre nos contraintes de production.

    Je dirais qu’il existe trois difficultés pour travailler avec des fleuristes : le volume comme je l’ai évoqué tout d’abord. Ensuite, les modes de communication : pour simplifier la vie de tout le monde, nous nous sommes dotés d’un logiciel de gestion de commandes. Aujourd’hui, nous envoyons nos disponibilités via ce logiciel et les fleuristes passent directement commande. Cela fluidifie énormément les choses.

    Le dernier problème, c’est la logistique, les fleuristes les plus proches viennent directement à la ferme. Nous déposons aussi nos fleurs à Agora, un grossiste, où certains fleuristes viennent récupérer leurs commandes.

    Que penseriez-vous d’une plateforme de mise en relation entre producteurs et fleuristes ?

    Certaines initiatives ont existé, comme Fleurs d’Ici. Cela peut fonctionner dans des régions très denses comme l’Île-de-France, où il y a à la fois beaucoup de producteurs et beaucoup de boutiques.

    Mais dans d’autres territoires, c’est plus compliqué. En Alsace, nous sommes seulement six ou sept producteurs. Nous avons déjà des relations directes avec les fleuristes. Tout dépend donc du territoire.

    D’un autre côté, il y a aussi une réalité très concrète : la commercialisation prend énormément de temps. Pour les fermes florales où les producteurs travaillent seuls, chaque heure passée à vendre est une heure en moins au champ.

    C’est aussi ce qui explique la force du système hollandais : ils livrent absolument partout. J’ai rendu visite à une fleuriste dans la vallée des Vosges l’autre jour, ils vont même jusque là-bas !

    Pensez-vous que la relocalisation de la production de fleurs en France est possible ?

    Je pense que oui, il existe une vraie demande, mais il faut rester prudent face aux effets de mode. On l’a vu dans d’autres filières, comme la bière artisanale : beaucoup de projets se lancent, puis disparaissent après quelques années parce que le métier est exigeant.

    Pour soutenir la filière, les pouvoirs publics pourraient agir de manière simple : par exemple en privilégiant les fleurs françaises pour les fleurissements municipaux ou les cérémonies officielles.

    Certaines communes commencent à s’y intéresser. Ce n’est pas forcément une question de subventions : simplement travailler avec les producteurs locaux serait déjà un soutien important.

    Comment êtes-vous accompagnés par les institutions agricoles ?

    Nous avons bénéficié de l’aide Jeune Agriculteur dans le cadre du parcours à l’installation. Les institutions commencent à s’intéresser à la fleur coupée, mais c’est encore une filière très peu connue.

    Les techniciens des chambres d’agriculture sont parfois un peu démunis, simplement parce qu’ils manquent de références techniques et économiques. Avec environ 300 fermes florales en France, la filière reste encore très petite.

    Mais on sent tout de même un intérêt croissant : nous sommes régulièrement invités à témoigner lors de réunions sur l’installation agricole.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?

    Sans hésitation, la saisonnalité.

    On nous demande parfois des pivoines en septembre ou des renoncules en plein hiver. Les fleurs suivent des cycles naturels, comme tous les végétaux.

    On le sait pour les roses de la Saint-Valentin, mais il faut continuer le travail de pédagogie auprès des clients. 

    Les punchlines de l’interview

    Usage des fleurs

    La fleur m’a tout de suite attirée parce que c’est une production moins utilitaire que d’autres cultures. Il y a une dimension créative et artistique très forte. Je suis quelqu’un de très sensible aux couleurs, au design, aux compositions.

    Fleurs françaises 

    Nous avons fait le choix de cultiver nos rosiers en extérieur, sans serre chauffée. Pour favoriser l’équilibre biologique : nous alternons les rosiers avec des vivaces comme l’eucalyptus, la gypsophile ou l’hypericum.

    Relation fleuristes-producteurs

    Nous travaillons en étroite collaboration avec eux. Chaque année en mars, nous organisons une journée d’échange à la ferme : une quarantaine de fleuristes viennent discuter avec nous de la saison à venir, ce qui leur permet de nous faire des suggestions, et surtout de mieux comprendre nos contraintes de production.

    Relocalisation de la production

    Pour soutenir la filière, les pouvoirs publics pourraient agir de manière simple : par exemple en privilégiant les fleurs françaises pour les fleurissements municipaux ou les cérémonies officielles.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.