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05.03.26

« Les fleurs sont la porte d’entrée la plus universelle pour se reconnecter au vivant » Nolwenn, productrice de fleurs

Ancienne professionnelle du marketing dans l’agroalimentaire, Nolwenn a choisi de changer de voie pour se rapprocher du vivant et créer une ferme florale à Pornic. Installée depuis 2025 au sein de l’écodomaine La Fontaine, elle cultive aujourd’hui une grande diversité de fleurs biologiques, vendues localement aux fleuristes et aux particuliers. Elle revient sur son parcours, les défis de la relocalisation florale et le rôle que pourraient jouer les fleurs dans la reconnexion entre producteurs et consommateurs.

Bonjour Nolwenn, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Je ne viens pas du tout du monde agricole à l’origine. J’ai travaillé plusieurs années en marketing dans l’agro-alimentaire. C’est une expérience qui m’a beaucoup appris, mais qui m’a aussi permis d’observer les limites du système.

Les chaînes d’approvisionnement deviennent de plus en plus longues, de plus en plus complexes, avec de moins en moins de transparence pour les consommateurs. Tout est très mondialisé. J’observais de plus en plus une forme de déconnexion croissante entre la production et les consommateurs finaux.

Cette déconnexion a plusieurs conséquences : une mauvaise compréhension du fonctionnement du vivant de la part des consommateurs, mais aussi une répartition de la valeur souvent inégale entre producteurs, intermédiaires et distributeurs.

Je me suis alors posé beaucoup de questions sur ce modèle. On demande aujourd’hui aux producteurs de répondre à une disponibilité permanente, au détriment des saisons et du rythme du vivant. Or, cela ne pourra jamais fonctionner durablement comme ça.

C’est ce qui m’a poussée à me tourner vers l’agriculture.

Comment en êtes-vous venue à la production de fleurs ?

Au départ, je me suis plutôt orientée vers le maraîchage. J’ai commencé par travailler comme salariée dans une ferme maraîchère, puis j’ai fait des stages, du woofing, et visité beaucoup d’exploitations.

Je me suis ensuite formée pendant un an en BPREA maraîchage, une formation destinée aux personnes en reconversion. C’est pendant cette année-là que j’ai vraiment découvert la fleur, j’ai fait un stage dans une ferme florale, et ça a été le coup de cœur. 

Ce que j’aimais déjà dans le maraîchage – travailler la terre, observer le vivant évoluer – se retrouvait dans la floriculture. Mais la fleur apporte en plus une dimension sensorielle et créative très forte.

J’avais découvert l’écodomaine La Fontaine, à Pornic avant de commencer ma formation. C’est un lieu assez particulier : un domaine hôtelier qui développe une démarche très globale autour du vivant, avec une production de légumes pour alimenter leur restaurant, des plantes aromatiques, et une approche permacole.

Quand ma formation approchait à sa fin, je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à construire autour de la fleur sur ce territoire et dans ce lieu-là ; j’ai rencontré les gérants, et leur ai proposé mon projet. Finalement, le domaine m’a mis du terrain à disposition, et j’ai lancé la ferme florale en 2025.

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Comment s’est passée votre première saison ?

J’ai commencé à implanter les cultures au printemps 2025, et les premières fleurs sont arrivées fin mai – début juin. Ma saison court de début mars jusqu’au début du mois de novembre. Globalement, ça a été une très belle première année, notamment grâce à une météo favorable. Quand on débute, c’est un facteur déterminant ! 

Côté commercialisation, je vends mes fleurs à plusieurs fleuristes de la région, autour de Pornic, mais aussi sur les marchés, auprès de particuliers et via une AMAP.

Je n’avais pas anticipé que les fleuristes représenteraient une part aussi importante de mon chiffre d’affaires. J’ai senti chez eux une vraie curiosité pour les fleurs locales. C’est quelque chose que j’aimerais continuer à développer, tout en gardant un modèle hybride.

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    Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour travailler avec les fleuristes ?

    La principale difficulté aujourd’hui, c’est la logistique.

    L’an dernier, j’ai travaillé avec sept fleuristes, dont trois clientes régulières. J’ai eu la chance qu’elles puissent venir directement à la ferme chercher les fleurs, mais ce n’est pas toujours possible. De mon côté, je ne suis pas encore en mesure de pouvoir proposer la livraison jusqu’à la boutique. 

    Les fleuristes sont souvent très intéressés par les fleurs locales, mais le retour que j’ai c’est qu’ils sont aussi habitués à être livrés directement à leur boutique depuis la Hollande. C’est frustrant, parce qu’on sent qu’ils ont envie de travailler avec des fermes florales, mais n’ont pas toujours les moyens de se déplacer.

    Pour que les fermes florales puissent vraiment travailler avec les fleuristes, il faudrait faciliter l’accès aux fleurs locales, notamment via des solutions de livraison.

    Comment faciliter l’accès aux fleurs locales ?

    Selon moi, il manque un outil qui mette en relation fleuristes et producteurs, et qui assure le service de livraison. Pour que le système fonctionne, il faudrait en parallèle qu’il y ait un maillage suffisamment dense de fermes florales sur le territoire :  je pense qu’il reste encore beaucoup de place pour que de nouvelles fermes florales s’installent. 

    Plutôt que d’envisager la question sous l’angle de la concurrence, on pourrait au contraire y voir une belle opportunité de mutualiser nos moyens pour approvisionner les fleuristes. L’idée serait donc plutôt de se regrouper pour proposer quelque chose de solide aux fleuristes.

    En revanche je pense qu’il faut rester vigilant sur les modèles de production qu’on privilégie si on souhaite relocaliser la production : si elle se fait sur le modèle industriel, avec de grandes fermes-usines, on aura simplement déplacé le problème. L’enjeu, pour moi, c’est que la production reste liée à des pratiques agro-écologiques qui prennent soin du sol et de la biodiversité.

    Cela implique souvent de travailler à plus petite échelle. Mais petite échelle ne veut pas dire faible production : cela suppose plutôt un réseau dense de fermes.

    Comment cultivez-vous vos fleurs ?

    Je travaille en agriculture biologique. Pour résumer simplement la différence entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique, l’agriculture conventionnelle, c’est qu’on va chercher un produit pour remédier à une maladie, ou lutter contre un parasite. En agriculture biologique, on est plutôt dans une démarche de prévention : on réfléchit à l’écosystème dans sa globalité avec l’idée que le système se régulera de lui-même.

    Aujourd’hui, je cultive environ soixante espèces et plus de quatre-vingts variétés. Je suis attachée à cette diversité, car elle est indispensable pour la résilience du système. Si une culture fonctionne moins bien, d’autres peuvent compenser. Et mentalement, c’est aussi plus confortable que de dépendre d’une seule production. Je cultive beaucoup de fleurs annuelles, mais je commence aussi à implanter des plantes vivaces, qui demandent plus de temps pour s’installer.

    Les fleurs jouent un rôle déterminant dans l’équilibre écologique du site. Sur l’écodomaine, elles sont cultivées entre les rangs de vigne, dans des planches d’environ 80 centimètres. L’objectif est d’augmenter la diversité végétale et d’attirer les pollinisateurs.

    Avec le recul, les équipes du domaine ont clairement observé une augmentation de la présence d’insectes pollinisateurs sur les parcelles, ce qui démontre les bienfaits de la culture de fleurs au sein d’un écosystème !

    Quel regard portez-vous sur l’organisation actuelle du marché des fleurs ?

    Je trouve dommage qu’il y ait si peu de traçabilité dans la filière florale. Pour les fruits et légumes, même si tout n’est pas parfait, les consommateurs commencent à être davantage sensibilisés à l’origine et la saisonnalité des produits. Pour les fleurs, cette question est beaucoup moins présente. Si l’origine des fleurs était plus visible, je pense que la prise de conscience serait plus rapide.

    Du côté des fleuristes, j’ai senti que les plus anciens avaient l’habitude de travailler avec des producteurs locaux, mais ont de moins en moins l’opportunité de le faire puisque la production française s’étiole. Par conséquent, ils sont obligés de recourir à la fleur d’import qui est très majoritaire aujourd’hui. Et c’est dommage, car on dispose en France d’un très beau savoir-faire ; je pense que le renouveau des fermes florales est un motif d’espoir pour la suite.

    Pour relocaliser la production, il faut que tous les maillons de la chaîne avancent ensemble : les producteurs, les fleuristes, les consommateurs, mais aussi les pouvoirs publics. 

    Fleuristes et producteurs, nous sommes tous entraînés dans une logique économique, et il faut que nous trouvions une façon de vivre de ce qu’on fait. Il faut aider les producteurs et les fleuristes à trouver leur modèle de rentabilité, et on ne peut le faire qu’avec l’appui des pouvoirs publics : si on laisse le marché faire pour nous il ny aura plus de de production en France.

    Un dernier mot pour conclure ?

    Le sujet qui m’a amenée vers l’agriculture, c’est le sentiment que notre société s’est beaucoup déconnectée du vivant. La fleur peut être une porte d’entrée très simple pour recréer ce lien. Tout le monde aime les fleurs. Elles parlent à tout le monde.

    Elles peuvent être un moyen très accessible de reconnecter les consommateurs à la production, au monde agricole et au vivant; et pour moi ce lien n’est pas accessoire mais indispensable.

    Les punchlines de l’interview

    Saisonnalité

    On demande aujourd’hui aux producteurs de répondre à une disponibilité permanente, au détriment des saisons et du rythme du vivant. Or, cela ne pourra jamais fonctionner durablement comme ça.

    Lien fleuriste-producteur

    La principale difficulté aujourd’hui, c’est la logistique. L’an dernier, j’ai travaillé avec sept fleuristes, dont trois clientes régulières. J’ai eu la chance qu’elles puissent venir directement à la ferme chercher les fleurs, mais ce n’est pas toujours possible. De mon côté, je ne suis pas encore en mesure de pouvoir proposer la livraison jusqu’à la boutique. 

    Fleurs françaises

    Les fleuristes sont souvent très intéressés par les fleurs locales, mais le retour que j’ai c’est qu’ils sont aussi habitués à être livrés directement à leur boutique depuis la Hollande.

    Rentabilité

    Il faut aider les producteurs et les fleuristes à trouver leur modèle de rentabilité, et on ne peut le faire qu’avec l’appui des pouvoirs publics : si on laisse le marché faire pour nous il ny aura plus de de production en France.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.