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24.04.26

« Les fleurs nous apprennent à ralentir et à retrouver le sens du vivant », Alice, future productrice de fleurs en Haute-Marne

Alice s’apprête à lancer sa ferme florale en Haute-Marne, Floralice. Encore en phase de préparation, elle construit pas à pas un projet profondément ancré dans son histoire personnelle, entre retour à la terre, quête de sens et envie de réinventer notre rapport aux fleurs. Rencontre avec une future productrice qui voit dans la fleur bien plus qu’un produit : un langage, un rythme, une manière d’habiter le monde.

Bonjour Alice, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je suis encore en train de construire mon projet de ferme florale, donc c’est vraiment une phase de réflexion et de mise en place. Ce projet, il fait beaucoup de sens pour moi, et j’ai ressenti le besoin de faire tout un travail d’introspection pour comprendre pourquoi j’en étais arrivée là.

Depuis toute petite, j’ai toujours été très proche de la nature. J’ai grandi à la campagne, avec un grand-père passionné de jardin et une grand-mère qui s’occupait des fleurs. J’habitais juste en face de chez eux, donc j’y passais énormément de temps.

Je me souviens que je cueillais les fleurs en cachette… ma grand-mère m’appelait “la voleuse de fleurs”. J’osais même pas demander, donc je passais sous la fenêtre de la cuisine pour aller en chercher. C’est quelque chose qui m’a toujours suivie.

J’ai toujours aimé travailler la terre, faire des bouquets… même enfant, je faisais déjà des compositions assez élaborées.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer aujourd’hui ?

J’ai eu plusieurs vies avant ça. J’ai beaucoup voyagé, vécu un an aux Caraïbes, à Saint-Martin, puis un an et demi au Canada avec mon conjoint. Là-bas, c’était très beau, mais il n’y avait pas de saisons. Et on s’est rendu compte que ça nous manquait énormément. Tout était très artificiel, très touristique.

On a ressenti le besoin de revenir, de se reconnecter à un territoire, à quelque chose de plus ancré. C’est comme ça qu’on a décidé d’acheter une ferme en Haute-Marne. Aujourd’hui, j’ai envie de revenir à un mode de vie plus simple, plus lent, plus en phase avec les saisons. À l’inverse de ce qu’on nous pousse à faire aujourd’hui.

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Quelle place occupent les fleurs dans ce projet ?

Les fleurs, pour moi, c’est vraiment une porte d’entrée vers ce rapport au vivant.

Je suis tombée sur une interview d’un fleuriste américain qui expliquait que les fleurs ne sont pas faites pour durer, mais pour être éphémères et nous ramener à l’instant présent. Ça m’a beaucoup marquée.

C’est aussi ça que je veux transmettre : accepter que tout ne dure pas, retrouver une forme de patience.

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    Comment s’organise ton projet aujourd’hui ?

    Je suis encore en phase de construction. Je travaille actuellement sur mon business plan et je me forme de manière assez autodidacte.

    Je vais commencer un BP en juin, suivi de trois mois de stage. Ensuite, on rentre définitivement en France à l’automne pour lancer les premières installations : préparer les sols, installer la serre, structurer la ferme.

    Je prévois aussi un financement participatif pour accompagner le lancement.

    Quel modèle souhaites-tu développer ?

    Je veux créer une ferme florale assez complète.

    Il y aura de la production de fleurs coupées, de la vente directe aux particuliers, mais aussi aux professionnels. J’ai aussi envie de développer toute une partie autour de l’accueil : cueillette à la ferme, événements, moments de partage.

    J’aime beaucoup organiser, recevoir, créer des expériences autour des fleurs. J’ai déja une expérience de la fleur, puisque j’ai créé une marque de bijoux dans laquelle j’utilise des fleurs séchées. C’est une activité que je vais garder en complément.

    Pendant la saison de floraison, je vendrai des fleurs fraîches. Et en hiver, je continuerai avec les fleurs séchées et les bijoux en résine.

    Le sens des fleurs, qu’est-ce que ça t’évoque ?

    C’est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Chaque fleur a une signification. On connaît les bases — la rose rouge pour l’amour, la blanche pour la paix — mais il y a tout un langage beaucoup plus riche derrière.

    Par exemple, la primevère évoque le renouveau, parce que c’est une fleur du printemps.

    J’ai envie de remettre ça au centre, que les gens puissent offrir une fleur avec un message, une intention.

    Mais il y a aussi une autre dimension : les bienfaits des plantes. Historiquement, on se soignait avec les fleurs. Il y a donc à la fois un langage symbolique et un langage plus thérapeutique.

    Comment vas-tu choisir les variétés que tu vas cultiver ?

    Il y a plusieurs critères.

    Bien sûr, il y a l’esthétique, le côté “coup de cœur”. Mais je dois aussi penser en termes de production : facilité de culture et rendement principalement.

    Et puis je m’intéresse beaucoup à ce que les gens aiment. J’ai lancé un questionnaire auquel plus de 2500 personnes ont répondu. Ça m’a permis de d’identifier des tendances, notamment sur les coloris, et l’engouement pour les tons pastel et les teintes douces.

    Est-ce que tu as échangé avec les fleuristes autour de ta future ferme ?

    Oui, j’ai fait des questionnaires spécifiques pour les fleuristes. Certains sont intéressés, mais ils restent assez prudents. Ils ont leurs habitudes d’approvisionnement, et changer n’est pas évident.

    En Haute-Marne, il n’y a pas encore de ferme florale, donc tout est à construire. Mais j’ai senti un vrai engouement local, comme si les gens attendaient ce type de projet.

    Je pense que je vais principalement travailler avec des particuliers, au moins au début.

    Pour les professionnels, je vais mettre en place une organisation simple : envoyer une liste de disponibilité chaque semaine, avec des photos. C’est quelque chose qui se fait déjà beaucoup entre petites fermes florales. L’idée, c’est de proposer ce qu’on a, et non l’inverse.

    Quel regard portes-tu sur le marché aujourd’hui ?

    Le vrai défi, c’est la chaîne d’approvisionnement.

     

    Aujourd’hui, beaucoup de choses passent par les Pays-Bas. Mais les mentalités sont en train d’évoluer. Il faudrait réussir à adapter ces systèmes à une échelle locale. Peut-être via des plateformes, ou des outils de mise en relation.

    Quel changement souhaites-tu apporter à travers ton projet ?

    J’aimerais participer à une autre manière de consommer les fleurs. Aujourd’hui, on cherche une variété précise, une couleur exacte… alors qu’on pourrait simplement travailler avec ce qui est disponible.

    C’est aussi au fleuriste de porter ce discours. Il faut réapprendre la patience, le plaisir d’attendre le retour d’une fleur, de redécouvrir les saisons.

    En France, on a une diversité incroyable. Il faut simplement réapprendre à la regarder.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.