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04.05.26

« On a la chance de faire un métier proche de la nature » Christophe et Sophie, fleuristes à Lyon

À Lyon, dans leur boutique L’Espace d’un Matin à Lyon, Christophe et Sophie ont créé un univers à part : des fleurs, des plantes, des oiseaux qui chantent, une petite fontaine, et surtout une manière très personnelle de composer. Lui vient de l’industrie et du bois recyclé. Elle, de l’architecture d’intérieur. Ensemble, ils défendent une fleur choisie, sensible, instinctive, loin des logiques trop standardisées.

Pouvez-vous me raconter votre parcours ?

Christophe : À la base, je viens de l’industrie. J’ai fait un bac +4 en productique : mon métier, c’était de mettre en place une usine pour fabriquer une voiture. Mais j’ai toujours eu une passion pour le bois. Quand j’étais jeune marié, je fabriquais déjà des meubles avec du bois de palette.

J’ai ensuite monté une entreprise de recyclage, puis j’ai vendu du bois recyclé à des fabricants de palettes. Je me suis associé à un gros groupe, ce qui a été une grosse bêtise. Là-dessus, j’avais aussi construit un concept store : l’idée était de créer une forêt artificielle dans un magasin, avec plein de choses à vendre à l’intérieur. C’était un gros budget. Après le dépôt de bilan, je n’avais plus envie de continuer comme ça.

J’ai finalement racheté une boutique de fleurs, avec l’idée de la faire comme je voulais : beaucoup de déco, beaucoup de plantes. Sauf que les premiers clients voulaient surtout des fleurs. Donc on a rappelé l’ancien propriétaire pour qu’il nous apprenne le métier. 

Aujourd’hui, les fleurs représentent environ 70 % de notre chiffre d’affaires. Je ne savais pas que c’était un métier aussi artistique. Et finalement, je m’éclate. On s’est créé un petit univers, avec une fontaine, des oiseaux qui chantent… C’est devenu notre monde.

Sophie : Moi, je n’ai aucun diplôme dans le domaine. J’ai fait des études d’architecture intérieure. Mais je pense qu’assembler les couleurs, les volumes, ça ne s’apprend pas vraiment. On les ressent. C’est instinctif.

Je n’aime pas ce qui est trop académique. J’ai besoin de pouvoir laisser libre cours à la création. Dans ce métier, on distingue vraiment les boutiques très créatives des autres. Moi, s’il faut mettre deux tiges de plus dans un bouquet parce que ça le rend plus beau, je les mets. On ne fait pas le même bénéfice, c’est sûr. Mais la fierté que l’on tire de chaque bouquet n’est pas la même non plus !

Quelle est votre vision du métier de fleuriste ?

Christophe : Ce qui me plaît le plus, ce sont les clients. Je ne suis pas dans une vision mercantile, mais sociale. Dans le bois, je n’avais aucun contact avec les gens. Ici, j’aime parler avec eux, les écouter. Ma femme me dit d’ailleurs que je discute trop ! C’est peut-être vrai, mais c’est vraiment ce que j’aime. Le contact humain fait partie du métier.

On imagine souvent le fleuriste uniquement en train de composer des bouquets. Est-ce la réalité ?

Sophie : Pas du tout. Faire des bouquets, finalement, on n’en fait pas tant que ça. Il y a une quantité de travail énorme derrière. Il faut avoir plusieurs casquettes : il y a les achats, les livraisons, les clients, les commandes, l’entretien des fleurs, la comptabilité, la paperasse… 

Tout ça prend du temps, et c’est du temps qu’on enlève à la création elle-même.

Christophe : C’est la vie d’une entreprise. Il faut être souple en permanence. Le contact avec les clients, l’harmonisation à la livraison, les imprévus… Ce sont des choses compliquées, mais qui font partie du métier.

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Quelle position avez-vous sur la récente polémique autour du 1er mai ?

Christophe : Là-dessus, nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec Sophie ! Sur certains sujets, je trouve que légiférer pour autoriser ou interdire aux gens de travailler, c’est une aberration. Quand on commence à mettre le doigt là-dedans, ce n’est pas génial. Si un autre commerce ouvre un jour où moi je suis fermé, ça ne me dérange pas. En revanche, si j’avais des salariés, je ne les ferais pas travailler ce jour-là.

Sophie : Moi, je ne suis pas tout à fait d’accord. On fait beaucoup de lois, mais ce qu’elles deviennent ensuite, c’est autre chose. Ça ajoute surtout au maquis législatif. Le plus simple serait que chacun puisse faire comme il veut. Si des salariés veulent travailler, pourquoi pas, mais il faut que ce soit clair.

Pendant le Covid, il y a eu quand même une petite crasse autour du muguet. Certains commerces dits essentiels pouvaient en vendre, alors que nous, fleuristes, en étions empêchés. Ça a été corrigé au dernier moment, mais on s’est retrouvés avec des commerçants qui n’étaient pas fleuristes et qui avaient le droit d’en vendre.

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    La question des pesticides revient régulièrement dans le débat autour des fleurs. Comment la recevez-vous ?

    Sophie : Il faut faire la part des choses. On a parfois une presse très à l’affût de ce genre de sujets, avec un traitement sensationnaliste. Et ça sort souvent aux mêmes périodes. Je suis adepte du bio, j’ai toujours acheté des œufs bio ou label rouge. Mais dans l’alimentation, c’est cadré, et l’écart de prix n’est pas toujours énorme. Pour les fleurs, c’est plus compliqué. Il faut nuancer.

    Christophe : Nous, par exemple, on achète très peu de roses. Et même avant les polémiques, on n’a pas attendu qu’on nous dise quoi faire. Dans le quartier, les gens sont sensibilisés à ces questions. Certains s’en fichent, d’autres y font très attention. On est tributaires de ça aussi.

    Sophie : Après, il ne faut pas nier les problèmes. Il y a des réactions allergiques à la manipulation, et ce n’est pas un hasard. Mais il faut établir les choses sérieusement, pas seulement créer de l’angoisse.

    Travaillez-vous avec des fleurs françaises ?

    Sophie : Autant qu’on peut, oui. Pas par esprit cocorico, mais parce que ça a du sens. Cela dit, on ne peut pas changer la géographie. On vit sous certaines latitudes, avec un climat qui est ce qu’il est.

    Notre métier est vraiment lié à la saisonnalité. Si on la respecte, on ne peut pas acheter des fleurs françaises toute l’année. On prend ce qu’il y a au moment où ça existe. Là, par exemple, c’est la fin des renoncules, on commence à avoir des pivoines, il y a encore des tulipes…

    Christophe : Pour la Saint-Valentin, par exemple, les roses viennent souvent de Hollande. Les Hollandais sont très professionnels. Nous, on prend de la belle fleur. Les roses que nous achetons coûtent cher, mais elles les valent.

    Sophie : Il y a aussi de très beaux produits en Colombie ou en Équateur, avec un vrai savoir-faire. Mais on n’insiste pas forcément sur la provenance auprès des clients. Certains s’en soucient beaucoup, d’autres ne se posent pas la question.

    Est-ce qu’on pourrait proposer davantage de fleurs françaises ?

    Sophie : Oui, mais il faut être réaliste. On ne peut pas avoir de tout, tout le temps. Et il y a aussi des logiques économiques très fortes.

    Les Hollandais ont été soutenus par leur Etat pour capter le marché avec des prix très bas. Les Espagnols sont en train de faire la même chose. On est d’ailleurs très sollicités par des producteurs espagnols, mais moi je reste prudente. Je sais comment ça se passe : au départ, les prix sont attractifs, puis une fois qu’on est dépendants, ils montent. On se retrouve pris en otage. Et parfois, la qualité n’y est pas.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux à propos des fleurs ?

    Sophie : Le rythme des saisons. C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur.

    On a la chance de faire un métier proche de la nature, même si c’est une nature que l’on a aussi domptée. Il y a quelque chose de très touchant là-dedans. Une fleur, ça arrive à un moment, puis ça disparaît. Il faut accepter ça.

    Christophe : Et c’est peut-être ça qui rend ce métier beau. On travaille avec du vivant, avec du fragile, avec des choses qui ne durent pas. Mais pendant qu’elles sont là, elles transforment tout.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.