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05.03.26

« Les gens n’ont pas toujours conscience de la valeur des fleurs » Pauline, fleuriste à Besançon

Fleuriste depuis treize ans, Pauline a ouvert L’Atelier Fleuri à Besançon il y a trois ans avec Julie. Dans leur boutique, elles privilégient les compositions naturelles, les fleurs de saison et un style très champêtre, en laissant une grande place à la création. Elle revient sur son parcours, les réalités du métier et les défis auxquels les fleuristes sont confrontés aujourd’hui.

Bonjour Pauline, pouvez-vous me raconter votre parcours ?

J’ai commencé ma formation dès que j’ai eu le bac, et j’ai suivi un CAP, puis un BP. Je suis fleuriste depuis treize ans maintenant. J’ai travaillé pendant neuf ans dans la même boutique, puis je suis partie avec une collègue pour créer notre propre entreprise. Cela fait maintenant trois ans que nous avons ouvert L’Atelier Fleuri avec Julie.

Pour moi, devenir fleuriste a été assez naturel. Je suis quelqu’un de manuel et j’aime beaucoup la nature. Travailler avec les fleurs s’est imposé comme une évidence.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

La création reste ce qui compte le plus pour moi. Le contact avec les fleurs, l’imagination que cela demande… c’est vraiment la partie la plus agréable du métier. Nous travaillons aussi beaucoup les fleurs séchées, qui offrent énormément de possibilités créatives. Cela permet de proposer des objets décoratifs qui durent dans le temps.

Quand je compose pour la boutique, je ne pars pas forcément d’un thème précis. C’est souvent au feeling. L’association des couleurs vient assez naturellement. On peut travailler des teintes très pastel, très colorées… l’important est qu’il y en ait pour tous les goûts.

Quand nous accueillons des stagiaires, on regarde rapidement si elles ont ce côté artistique. C’est difficile à expliquer, mais c’est quelque chose qu’on a ou qu’on n’a pas.

Notre style reste très naturel, très champêtre. Nous travaillons peu de fleurs exotiques, et nous évitons les bouquets très linéaires. Pour les mariages, en revanche, nous nous adaptons aux souhaits des clients et à la thématique qu’ils ont choisie.

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Quelles sont les principales difficultés du métier ?

La gestion du stock est probablement le sujet le plus stressant, parce qu’on déteste évidemment avoir à jeter des fleurs.

Nous dépendons beaucoup de la météo. Quand il fait beau, les gens achètent beaucoup de fleurs fraîches. Quand le temps est mauvais, les ventes baissent, donc nous adaptons forcément nos achats.

C’est aussi en partie pour cela que nous travaillons les fleurs séchées. Elles permettent de créer des objets décoratifs durables – des cloches, des compositions avec des objets… Les gens aiment offrir des choses qui restent.

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    Comment parlez-vous de fleurs avec votre clientèle ?

    La majorité des clients que nous accueillons choisissent un bouquet déjà prêt. Ils le trouvent joli et le prix leur convient, c’est un peu un achat coup de cœur. D’autres clients souhaitent composer un bouquet sur mesure. Dans ce cas, ils donnent surtout un budget ou une couleur, rarement des variétés précises. La plupart du temps, les clients nous font confiance.

    Notre clientèle connaît aussi notre style. Beaucoup viennent parce qu’ils aiment ce que nous proposons déjà en boutique.

    Est-ce difficile de proposer des fleurs de saison toute l’année ?

    La difficulté principale, c’est d’avoir des fleurs françaises toute l’année.

    Nous travaillons avec deux producteurs de la région : l’un cultive sous serre, l’autre en plein air. Mais en hiver, il n’y a quasiment plus de production locale. Entre novembre et février, on ne trouve pratiquement aucune fleur de la région.

    En ce moment, par exemple, nous recommençons à avoir des tulipes locales. Plus on avance vers le printemps, plus le choix s’élargit.

    Quand ce n’est pas possible, nous achetons en Europe : Espagne, Hollande… Nous essayons malgré tout de proposer des fleurs de saison, comme les anémones, les renoncules ou le mimosa.

    Nous aimons travailler des fleurs un peu différentes, qui sortent de l’ordinaire. Par exemple, nous ne faisons pas de bouquets classiques de roses, de lys ou de gerberas.

    Et la rose rouge pour la Saint-Valentin ?

    C’est la première année que nous pouvions vraiment expérimenter la Saint-Valentin dans cette boutique. Les deux années précédentes, nous étions dans un endroit plus excentré et nous travaillions surtout avec une clientèle à distance.

    Cette année, nous avons testé les roses rouges, parce qu’elles sont toujours très demandées. On a été assez surprises de voir que les clients n’en demandaient pas autant que nous l’imaginions et étaient très satisfaits des alternatives que nous leur proposions, donc l’année prochaine, nous n’en ferons probablement pas.

    Nous préférons proposer des bouquets plus intéressants, avec d’autres fleurs. Les mentalités peuvent évoluer. On peut très bien remplacer la rose rouge par d’autres fleurs tout aussi belles, comme les renoncules par exemple.

    Nous travaillons parfois des roses de jardin, comme les David Austin, mais jamais les roses rouges classiques.

    Quel regard portez-vous sur le marché actuel de la fleur ?

    C’est compliqué…

    Nous essayons au maximum de travailler avec des fleurs européennes et françaises. Mais parfois, on n’a pas le choix.

    Nous refusons les fleurs venant du Kenya ou d’Éthiopie. Pour nous, c’est un désastre environnemental : les pesticides utilisés là-bas ne sont pas autorisés en Europe, les nappes phréatiques sont polluées, et les fleurs subissent ensuite des transports très longs.

    Quand elles arrivent, elles ont déjà souvent une semaine de coupe et subissent un choc thermique important. Leur tenue en vase est moins bonne.

    Nous acceptons parfois des fleurs d’Équateur, car les conditions de production y sont un peu plus encadrées et la qualité est différente. Mais globalement, nous privilégions les productions européennes : Espagne, Italie, France, Hollande.

    La question des pesticides est-elle un sujet pour vous ?

    Oui, c’est un vrai problème.

    Plusieurs études ont montré des contaminations chez les fleuristes qui manipulent les fleurs. Ces pesticides ne présentent pas de danger pour la clientèle, ce sont les professionnels les plus exposés : nous recevons les fleurs, nous les nettoyons, nous les manipulons en permanence. En boutique, nous travaillons désormais avec des gants. Ce n’est pas très agréable, car on perd en sensation et en précision, mais nous nous y sommes habituées.

    Ce qui est inquiétant, c’est que nous ne sommes pas vraiment accompagnées sur ce sujet. Les gants, c’est une initiative personnelle.

    Il y a quand même une fleuriste qui a perdu sa fille à cause des pesticides, ça devrait nous alerter. 

    Pourquoi, selon vous, offre-t-on des fleurs ?

    Je pense que les gens ont besoin de nature. En ville, on manque de végétation. Avoir un bouquet chez soi permet de ramener un peu de vivant dans l’espace. On voit la fleur évoluer, s’ouvrir, changer.

    Les fleurs apportent aussi de la couleur et de la vie.

    Qu’aimeriez-vous que le public comprenne mieux sur les fleurs ?

    Je pense que les gens n’ont pas toujours conscience de la valeur des fleurs, et on dit souvent que les fleurs c’est cher.

    Les prix sont faussés par ce qu’on voit en grande surface, avec des fleurs importées très bon marché, parce qu’elles ont été produites dans de mauvaises conditions, avec une main-d’œuvre pas chère. Mais ces prix ne reflètent pas la réalité du travail derrière une fleur ni les coûts d’un commerce.

    Alors oui, les fleurs sont sans doute un peu plus chères chez un fleuriste, mais elles sont de bien meilleures qualités, et surtout, elles valent leur prix !

    Les punchlines de l’interview

    Fleurs françaises

    En hiver, il n’y a quasiment plus de production locale. Entre novembre et février, on ne trouve pratiquement aucune fleur de la région.

    Pesticides

    Il y a quand même une fleuriste qui a perdu sa fille à cause des pesticides, ça devrait nous alerter. 

    Prix

    Les prix sont faussés par ce qu’on voit en grande surface, avec des fleurs importées très bon marché, parce qu’elles ont été produites dans de mauvaises conditions, avec une main-d’œuvre pas chère.

    Usage des fleurs

    Je pense que les gens ont besoin de nature. En ville, on manque de végétation. Avoir un bouquet chez soi permet de ramener un peu de vivant dans l’espace.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.