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21.05.26

« Notre objectif n’est pas d’incriminer la filière, mais d’apporter des éléments pour protéger les fleuristes », association Agir pour l’Environnement

Agir pour l’Environnement est une association indépendante de mobilisation citoyenne qui mène des campagnes de sensibilisation sur les enjeux environnementaux. A l’occasion de la Saint-Valentin 2026, l’association a publié une enquête sur la présence de pesticides dans les fleurs coupées. Manon, chargée de plaidoyer, et Magali, responsable des investigations scientifiques, reviennent sur les constats de cette étude et sur les pistes d’action pour la filière.

Pouvez-vous présenter votre association et votre rôle ?

Manon : Agir pour l’Environnement est une association de plaidoyer et de sensibilisation sur les questions environnementales. Nous sommes totalement indépendants et notre objectif est de donner aux citoyens les moyens d’agir concrètement en faveur d’une planète vivable.

Dans ce cadre, nous menons des campagnes pour faire évoluer certaines pratiques et faire avancer le débat public. Je travaille notamment sur les campagnes de plaidoyer qui concernent nos modes de consommation, dont celle que nous avons menée récemment sur les fleurs coupées.

Magali : De mon côté, je suis responsable des investigations et de l’analyse scientifique au sein de l’association. Mon rôle consiste à concevoir les protocoles d’analyse, à interpréter les résultats et à produire les éléments scientifiques qui nourrissent nos campagnes.

Pourquoi vous être intéressées aux fleurs coupées ?

Manon : Plusieurs études existaient( doublon) avaient déjà été produites pour analyser la présence de résidus de pesticides sur les fleurs, notamment celles de l’UFC-Que Choisir l’année dernière. Mais elles portaient surtout sur des fleurs très spécifiques comme les roses de la Saint-Valentin ou les chrysanthèmes. Nous avons voulu compléter en analysant d’autres fleurs et en mettant aussi en avant des alternatives moins contaminées.

Nous avons donc étudié deux moments clés du marché de la fleur coupée : la Saint-Valentin et la Fête des Mères, qui correspondent à deux périodes de vente très importantes pour les professionnel.les. L’idée était aussi d’observer les différences saisonnières : en mai, il est beaucoup plus facile de trouver des fleurs locales et de saison qu’en février.

Notre objectif n’était pas d’incriminer la filière, mais plutôt d’apporter des éléments complémentaires pour protéger les fleuristes et encourager de meilleures pratiques. Nous voulions aussi montrer que certaines fleurs peuvent être produites dans de bonnes conditions.

Magali : Il y avait aussi un objectif très concret : comprendre l’exposition des fleuristes aux pesticides, notamment après l’affaire Marivain qui avait suscité beaucoup d’émotion dans la profession. Si aujourd’hui, l’impact sur la santé de l’exposition aux pesticides n’est pas avéré pour les consommateurs, on sait qu’il n’en va pas de même pour les fleuristes.

Nous ne voulons pas dire aux gens d’arrêter d’acheter des fleurs, mais plutôt montrer qu’il existe des alternatives. Personnellement, j’ai découvert des variétés magnifiques qui sont très peu mises en avant. Par exemple des renoncules rouges ou des mufliers. Nous en avions dans nos bureaux pendant l’étude, et certaines ont parfumé tous les locaux pendant plusieurs jours.

Cela contraste avec certaines roses qui n’ont pas ou peu d’odeur et qui fanent très vite une fois sorties de la chaîne du froid. C’était aussi une manière de montrer qu’il existe d’autres fleurs, souvent plus intéressantes.

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A quelles difficultés avez-vous été confrontées au cours de votre enquête ?

Magali : L’une des principales difficultés a été le manque d’information sur l’origine des fleurs.

Il n’existe pas d’étiquetage clair et systématique. Nous avons dû nous fonder sur plusieurs éléments : l’appartenance des fleuristes à certains collectifs, des confirmations orales ou la présence de labels comme le label fleurs de France. Mais ces informations ne sont pas toujours fiables à 100 %. Il aurait fallu un étiquetage harmonisé, pour faire un choix éclairé.

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    Quels sont les principaux constats de votre étude ?

    Magali : Les fleurs importées comportent souvent de nombreux résidus de pesticides, dont certains peuvent être particulièrement préoccupants. Nous avons identifié des substances classées CMR (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques) ainsi que des perturbateurs endocriniens.

    Les fleurs importées présentent souvent ce qu’on appelle des cocktails de substances, c’est-à-dire plusieurs molécules différentes présentes en même temps.

    À l’inverse, les fleurs de saison et locales présentent beaucoup moins de résidus. Dans les analyses réalisées en mai sur ces fleurs, nous n’avons trouvé aucune molécule interdite en France, ce qui constitue une différence très nette avec les fleurs importées ou celles analysées en février.

    Les seuls échantillons totalement exempts de traces étaient des fleurs locales achetées au mois de mai. Nous avons tout de même analysé près de 500 molécules différentes, ce qui donne un panorama assez large.

    Quels sont les facteurs de risque pour les fleuristes ?

    Magali : Les fleuristes sont des travailleurs indépendants qui manipulent les fleurs toute la journée. Ils peuvent être exposés par contact cutané, inhalation ou ingestion.

    Beaucoup travaillent dans leur boutique sans véritable pause y compris à l’heure du déjeuner, et mangent sur leur lieu de travail, ce qui est un facteur d’exposition très important.

    Ces constats soulignent la nécessité de rappeler les bons gestes dès la formation et une meilleure présentation des risques dans la profession.

    Comment les consommateurs peuvent-ils agir ?

    Manon : Je tiens à nouveau à préciser que notre propos n’est pas de dire qu’il faut arrêter d’acheter des fleurs. Mais comme pour le textile ou l’alimentation, il est légitime de se demander comment elles sont produites. Avec un meilleur étiquetage, et en privilégiant les fleurs françaises et de saison, les consommateurs peuvent concrètement s’orienter vers des variétés plus respectueuses de l’environnement et de la santé des professionnel.les.

    La production française peut-elle répondre à la demande ?

    Manon : Nous ne sommes pas naïfs, et nous savons bien qu’aujourd’hui, la production française est insuffisante pour répondre à la demande. Nous pensons que notre étude peut-être un outil d’aide à la relance de la filière française, en permettant au grand public et aux professionnels de prendre conscience de l’impact de l’importation massive de fleurs présentant des traces de substances toxiques.

    Il y a aussi un enjeu de contrôle aux frontières des substances importées. Aujourd’hui, certaines molécules interdites en Europe peuvent entrer sur le territoire via des fleurs produites ailleurs. Il y a quelques années, l’Union européenne envisageait de délibérer sur la thématique de la fleur coupée (pour être plus précis : sur la mise en place de mesures de protection des fleuristes face à ces résidus de pesticides dangereux), mais après consultation des Etats Membres, cette initiative est demeurée lettre morte.

    Quels enjeux voyez-vous pour les années à venir ?

    Magali : Il faut éviter un effet pervers : que les consommateurs se ruent sur les fleurs locales au printemps sans que la production puisse suivre. Le développement de la filière doit se faire progressivement, tout en préservant des pratiques respectueuses de l’environnement, et que sous prétexte de relocalisation, on ne pousse pas les horticulteurs vers des modèles de production industrielle.

    Qui sommes nous ?

    Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet de faire livrer des fleurs partout en France, en Belgique et au Luxembourg. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.