Pouvez-vous nous présenter l’histoire de votre entreprise ?
Bonjour, je suis Matthieu Velé, et je suis directeur d’Ernest Turc. Ernest Turc est une entreprise familiale qui existe depuis plusieurs générations. Mon arrière grand-père produisait des fleurs et plantes alpines sur de petites parcelles. La suite de son histoire est marquée par les voyages à travers le monde, pour enrichir la gamme de fleurs qu’il cultivait. Il s’est ensuite installé en Anjou au début du XXe siècle, où s’est structurée l’essentiel de l’activité de ma famille.
Aujourd’hui, quelles sont les activités principales d’Ernest Turc ?
Nous sommes à la fois producteurs et distributeurs de graines et de bulbes floraux, et sommes numéro un en France sur la production de graines bio avec La Ferme de Sainte-Marthe. Nos produits sont disponibles dans la grande distribution et les enseignes spécialisées comme Truffaut, Jardiland, Leclerc ou Intermarché.
Nous cultivons plus de 1500 variétés de bulbes de fleurs, et comptons entre 45 et 90 salariés selon la saison. Nous sommes parmi les derniers en France à exercer ce métier, dans un secteur largement dominé par la Hollande, qui a une organisation très performante. Nous collaborons avec eux depuis 110 ans, en tant que confrères et concurrents : nous leur achetons et leur vendons des produits, tout en cherchant à produire davantage en France.
Nous produisons des dizaines de millions de bulbes par an. Un seul bulbe peut donner jusqu’à 15 fleurs, ce qui représente environ 150 millions de fleurs par an. Cependant, nos bulbes et graines ne sont pas destinés aux fleurs coupées, mais plutôt à la culture et à la vente aux particuliers et professionnels. Nous travaillons aussi avec des fleuristes locaux pour promouvoir les fleurs de saison.
Vous avez repris l’entreprise il y a trois ans. Quels sont vos engagements pour l’avenir ?
Mon ambition est double : d’une part, je souhaite préserver le savoir-faire horticole accumulé par ma famille depuis plusieurs générations, tout en anticipant les défis auxquels sont confrontés la filière.
Je suis par exemple très impliqué dans le Collectif de la Fleur Française. Mon objectif est de fournir aux floriculteurs des graines et des bulbes à des prix justes pour aider à structurer une filière plus autonome. Pour moi, la réussite ne peut pas être individuelle : il faut que la filière avance ensemble si nous souhaitons provoquer des changements en profondeur.
Notre engagement se matérialise par les différents labels dont nous disposons. Nous avons par exemple obtenu le 3e niveau de plante bleue, sommes certifiés fleurs de France et sommes engagés dans la démarche Fleurs de France d’Excellence végétale.
L’usage des pesticides sur le marché est souvent mis en lumière. Quelle est votre analyse de la situation ?
C’est un sujet crucial, en effet, d’autant plus que la France fait figure de bonne élève en matière d’usage de pesticides. En France, l’utilisation moyenne de pesticides est d’environ 3,5 kg par hectare, contre 10,8 kg aux Pays-Bas, selon un rapport de la Food and Agriculture Organization (FAO), qui est une instance de l’ONU.
La Hollande produit des fleurs de qualité, mais le rapport d’usage de pesticides entre nos deux pays est donc de 1 à 3. Parmi les cultures les plus consommatrices de pesticides, le lys est le pire, avec jusqu’à 140 kg par hectare. C’est pourquoi chez Ernest Turc nous mettons en avant des cultures plus respectueuses de l’environnement, comme le dahlia, l’iris, qui sont plus adaptés à une production biologique.
Quel message souhaitez-vous faire passer aux acteurs de la filière et aux consommateurs ?
Il est essentiel de soutenir la production locale et la saisonnalité des fleurs. La structuration de la filière est primordiale pour garantir une offre durable et de qualité. Nous devons travailler collectivement pour faire grandir la production française et proposer aux consommateurs des produits plus écologiques et traçables.
C’est pour cette raison que je suis intéressé par un projet comme Floribalyse, puisqu’il propose une analyse 360 de la filière, qui devrait nous donner des renseignements utiles sur l’impact de la production horticole.
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.