Ibéris, fleuriste par conviction
Chaque semaine, Sessile donne la parole à des acteurs du végétal pour comprendre leur vision du marché, et comprendre comment nous pourrions collectivement changer les choses. Nous avons donné la parole à Juline qui a fondé Ibéris, fleuriste à Annecy, qui consacre tous ses efforts pour proposer des fleurs de saison et française à ses clients.
Bonjour Juline, pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours ?
Je suis Juline et je suis fleuriste depuis près de 10 ans désormais. J’ai ouvert ma boutique Ibéris il y a 3 ans à Annecy pour pratiquer le métier de fleuriste en fonction de mes convictions écologistes. J’ai choisi le nom d’après une petite fleur de rocaille dont j’aime beaucoup le nom.
Avant d’ouvrir ma boutique, j’ai eu de nombreuses expériences qui m’ont conforté dans mon idée : aujourd’hui la plupart des fleurs proposées aux clients viennent des quatre coins du monde. Quand on voit que les roses d’Equateur ont une tenue en vase de 3 semaines, on se pose forcément des questions, d’autant plus qu’elles ont voyagé en avion dans des cartons…
C’est principalement pour faire les choses différemment que j’ai ouvert les portes d’Ibéris : pour proposer des fleurs de saison, locale quand c’est possible, et majoritairement française. Je propose 100 % de fleurs françaises, sauf entre octobre et novembre où j’ai un peu plus de mal à m’approvisionner, et où je propose 40 % de fleurs provenant de Hollande. Je travaille avec des productrices de Savoie, et je passe aussi par un coursier qui achète directement les fleurs sur le marché d’Hyères. D’ailleurs je fais partie du collectif de la fleur française pour matérialiser cet engagement.
Quels sont les aspects du métier qui vous plaisent le plus ?
Si je suis devenue fleuriste à l’origine, c’est parce que j’ai une passion débordante pour la nature, et toute petite je passais de longues heures à me balader en forêt. Devenir fleuriste était une évidence : j’avais envie de continuer à vivre au milieu des fleurs et des plantes. Et c’est parce que j’aime la nature que j’ai eu envie de respecter ses cycles dans la pratique même de mon métier.
Un autre aspect qui m’apporte de l’épanouissement, c’est de travailler avec les producteurs de Savoie pour faire mon stock : déjà parce que pour moi le fleuriste doit s’inscrire dans un écosystème local pour que son travail ait du sens. D’autre part, j’aime savoir auprès de qui je me fournis, et à qui va mon argent. C’est très important pour moi de conserver la dimension humaine au moment de faire mes achats.
Au contraire, quels sont les aspects que vous trouvez les plus compliqués à gérer ?
La plupart des choses que je trouve compliquées dans mon métier, ce sont les contraintes que je m’impose moi-même, comme par exemple le fait de s’approvisionner en priorité auprès de producteurs locaux : ça demande bien entendu un peu plus de travail, et aussi de faire du trajet pour aller choisir mes fleurs. Mais je sais pourquoi je le fais, parce que ce sont ces fleurs que j’ai envie de proposer à mes clients, et que c’est en accord avec mes convictions.
L’autre chose, c’est de travailler seule ; j’ai une apprentie qui m’épaule, mais la plupart du temps c’est un métier un peu solitaire. C’est pourquoi pour moi c’est indispensable de recréer des liens locaux entre professionnels, pour briser cette solitude.
Quelle est votre réaction par rapport à l’affaire Marivain ?
Je n’ai malheureusement pas été totalement surprise en apprenant cette triste histoire. Cela fait un moment que je me doute que de travailler des fleurs qui viennent de loin n’est pas génial pour la santé, mais je ne pensais pas que ça pouvait prendre de telles proportions. J’ai autour de moi des fleuristes qui sont tombés malades, et ça fait un moment que la médecine du travail nous recommande de porter des gants quand on manipule des fleurs.
Je pense que c’est quelque chose que l’on doit dire, et qu’il ne faut pas avoir peur de perdre des clients, car ils comprennent très bien les choses quand on prend le temps de leur expliquer. En plus, nous avons de la place pour faire différemment, par exemple en étant un peu plus exigeant sur les fleurs que l’on propose à nos clients. Si demain on ne doit plus vendre de rose, ce n’est pas la fin du monde, on trouvera toujours des fleurs pour faire plaisir et illuminer le quotidien des gens qui nous font confiance.
C’est quoi pour vous le métier de fleuriste de demain ?
A mon avis, si le métier de fleuriste doit évoluer, c’est pour mieux prendre en compte les gens qui travaillent autour de nous. Je pense que ce qu’il manque cruellement aujourd’hui, c’est du lien avec les producteurs. Aujourd’hui les fleuristes connaissent en réalité très peu les producteurs de leur région, puisqu’ils ont surtout des liens avec les grossistes, ou les opérateurs de livraison : je trouve ça dommage !
Des fermes florales ouvrent partout et les fleuristes n’ont que très peu de relations avec eux : je pense qu’on devrait nouer des partenariats avec eux pour proposer plus de fleurs françaises à nos clients. Je pense qu’aujourd’hui, il manque quelqu’un qui puisse faire le lien.
Un autre point que je trouverais intéressant, c’est qu’on sache un peu mieux parler de la provenance des fleurs. De mon côté, je connais les producteurs avec lesquels je travaille, donc j’indique systématiquement la provenance des fleurs sur de petits panneaux. Mais je pense que ce n’est pas encore le cas de tous les fleuristes !
Selon vous, comment Floribalyse pourrait vous aider ?
Je trouve que l’initiative du projet qui consiste à mieux informer les professionnels et les consommateurs, c’est déjà énorme. Aujourd’hui, être producteur de fleurs c’est très compliqué, et je trouve ça génial de mettre en lumière celles et ceux qui pratiquent ce métier au quotidien. En tout cas, le fait que vous vous intéressiez à la question me conforte dans l’idée qu’on assiste à une prise de conscience dont on avait besoin.
Parfois, quand on parle d’écologie, on se sent vite seul ; je pense que c’est bien si on se met tous autour de la table pour voir comment avancer ensemble.
C’est également une excellente chose d’essayer de comprendre comment on peut produire de manière plus écologique ! Je suis persuadé que les fleurs peuvent nous aider à rendre le monde meilleur : si on arrive à montrer comment les produire et les consommer de manière vertueuse, on aura fait un joli pas en avant !
Qui sommes nous ?
Sessile lutte pour l’indépendance des artisans fleuristes sur Internet. Fondé en 2019 par 6 amis, Sessile rassemble 500 fleuristes, engagés dans la transformation de la filière et permet déjà de livrer plus de 50% des Français. En brisant la logique de catalogue sur Internet, le réseau met en avant le savoir-faire de chaque fleuriste et contribue à faire vivre l’art floral. Les fleuristes peuvent faire vivre leur passion et conçoivent des bouquets plus créatifs car ils sont ainsi plus libres de proposer des fleurs de saison, des fleurs locales quand c’est possible.