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18.02.22

“Sur le front” d’Hugo Clément : et les fleuristes dans tout ça ?

Un reportage du 7 février diffusé sur France 5 a mis en lumière les conditions du circuit de distribution de fleurs à l’échelle mondiale. Si les constats dressés par les différents acteurs semblent indiscutables, les fleuristes, principaux acteurs de distribution de fleurs en France, ont été insuffisamment mis en lumière dans leur rapport à l’approvisionnement.

C’est une lumière très crue qui a été projetée sur le marché de la fleur en France et dans le monde, ce lundi 7 février sur France 5, à l’occasion du reportage d’Hugo Clément sur la mondialisation de la production de roses rouges. A l’approche de la Saint-Valentin, les consommateurs ont pu constater à quel point la rose rouge, égérie de la fête des amoureux, était symptomatique des mutations de l’économie mondiale. 

Entre production délocalisée et affaissement de la production horticole nationale, le reportage a en outre révélé que des producteurs hollandais tenteraient de contourner la législation européenne en matière de pesticides en implantant des cultures au Kenya ou en Ethiopie. 

Un contexte déjà tendu pour les artisans fleuristes

Si ce mouvement de mondialisation de la production horticole est dommageable à bien des égards pour l’environnement et les consommateurs, les fleuristes sont pour leur part également touchés par ces bouleversements. Déjà frappés de plein fouet par la pandémie, qui s’est traduite par la fermeture de 2000 boutiques selon les chiffres de l’interprofession Val’hor, la récente hausse des tarifs de l’énergie vient contraindre leurs marges en provoquant une hausse spectaculaire des prix à la tige, qu’ils doivent nécessairement répercuter sur le prix de vente en magasin. 

À cela s’ajoutent aussi les mutations du marché qui voit fleurir de nombreux pureplayers, ces sites de ventes de fleurs en ligne qui ambitionnent de court-circuiter les réseaux de distribution traditionnels en proposant un rapport direct entre le producteurs et le consommateur final, mais qui ne peuvent faire l’économie d’un transport gourmand en énergie pour acheminer les bouquets de leurs quelques entrepôts jusqu’au domicile de leurs clients. 

Enfin, les plateformes de transmission florale ont sensiblement transformé la pratique du métier, comme le rappelle cet article de 20 minutes, en appliquant des commissions excessives, en imposant un catalogue national de bouquets standards qui contraint le fleuriste et réduit sa marge de manœuvre dans la composition de son stock. 

Les fleuristes : chaînon essentiel de la sensibilisation du public

Pourtant, les images de fleuristes se sont faites rares à l’occasion du reportage de France 5. Bien plus que le simple théâtre du drame en train de se jouer, les boutiques de fleurs sont les répliques miniatures des tendances qui agitent le marché. Les fleuristes sont tributaires des circuits de distribution, et n’ont pas toujours l’occasion de s’approvisionner auprès de producteurs locaux, d’une part parce que l’offre de fleurs françaises décroît rapidement (près de la moitié des exploitations ont disparu depuis 2005), et d’autre part parce que les réseaux de distributions sont encore largement perfectibles.

Des initiatives individuelles de fleuristes existent pour tenter de redonner du tact à l’achat de fleurs. À l’image par exemple de Marie Ruillard filmée dans le reportage d’Hugo Clément, fleuriste chez Maison Marguerite au Mans et membre du collectif Sessile, qui cherche par tous les moyens à proposer en priorité des fleurs de production française, et fait œuvre de pédagogie en indiquant la provenance de chaque fleur. Dans le même temps, nombreux sont les fleuristes à accorder une place grandissante aux pratiques éco-responsables à commencer par l’usage d’emballage recyclé ou à s’approvisionner en fleurs locales. Mais ces initiatives individuelles attendent encore d’être reconnues à leur juste valeur, malgré les actions des chambres syndicales et du Collectif de la fleur française.  

Un collectif pour soutenir le métier de fleuriste

Une responsabilisation de la consommation de fleurs ne peut donc se faire contre les fleuristes, qui sont les seuls à pouvoir garantir une sensibilisation profonde de leur clientèle à la saisonnalité et à la provenance des fleurs qu’ils achètent. Comme le confie Gilles Sonnet, fleuriste à Fontaine-lès-Dijon et membre du collectif Sessile : “Contrairement aux autres acteurs du secteur, les fleuristes sont des artisans, ce n’est donc pas la marge qui nous intéresse mais le travail bien fait”.

C’est pour soutenir ces initiatives qu’est né le collectif Sessile. Partant du principe que le marché fait peser une incertitude économique sur les professionnels de la fleur, le collectif a décidé de s’orienter vers un modèle plus juste envers les fleuristes, leur permettant de fixer eux-mêmes le tarif de leurs bouquets pour ajuster leurs marges et en ponctionnant une commission plus faible. 

C’est donc un modèle de digitalisation plus juste qui doit devenir la norme pour les artisans fleuristes. Contrairement aux plateformes de transmission florale,  le site Sessile ne leur impose pas de catalogue, leur permet de mettre en avant des compositions personnelles, ce qui facilite pour eux la gestion des coûts d’achat, et les laisse libres de proposer des fleurs de saison et locales. 

En redirigeant la demande de fleurs vers les artisans fleuristes les plus proches du lieu de livraison, le collectif participe aussi à réduire les distances de livraisons, et donc à réduire l’impact environnemental de chaque bouquet. Sessile envisage désormais une solution facilitant l’approvisionnement des fleuristes en leur permettant de se fournir directement auprès de producteurs locaux, pour limiter les aléas du marché tout en protégeant la filière. Resserrer le circuit de production pourrait par la même occasion permettre de réduire l’empreinte carbone de chaque bouquet.

Grouper les intérêts pour faire entendre la voix des fleuristes

Des changements de grande ampleur de l’ensemble de la filière ne peuvent passer que par une initiative groupée de tous les acteurs, en particulier les fleuristes. C’est pourquoi Sessile lance un appel à tous les fleuristes désireux de transformer en profondeur les pratiques du secteur à se mobiliser pour faire entendre leur voix et inventer de nouveaux futurs pour la filière. Pour l’heure, près d’une cinquantaine de fleuristes partenaires ont répondu à l’appel en vingt-quatre heures, comme Maison Marguerite au Mans, Gilles Sonnet à Fontaine-lès-Dijon ou Amour de Fleurs à Bordeaux.

Le collectif souhaite rédiger un manifeste qui synthétise les différentes propositions des fleuristes afin d’établir une feuille de route pour sa future plateforme d’approvisionnement local, qui tient à la fois compte des réalités de l’offre de fleurs en France et des contraintes quotidiennes des fleuristes. 

Vous souhaitez vous engager avec notre collectif pour défendre le métier ? Nous serons ravis d’en discuter avec vous !